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Au Niger, il y a trois ans, le 26 juillet 2023, le président Mohamed Bazoum était renversé par un coup d'État militaire. Il est toujours retenu à Niamey avec son épouse. Depuis, le pays est dirigé par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), avec à sa tête le général Abdourahamane Tiani, officiellement investi président l'an dernier pour une durée de cinq ans renouvelables. L’économiste Kiari Liman-Tinguiri, directeur de l’institut West Africa and Sahel Development Institute (Wasdi), ex-ambassadeur du Niger aux États-Unis sous la présidence Bazoum est l’invité de RFI.
RFI : Quel bilan trois ans après l'arrivée du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie au pouvoir au Niger ?
Kiari Liman-Tinguiri : Les arguments avancés pour expliquer le coup d'État au Niger étaient doubles. Il y avait d'abord la situation sécuritaire et ensuite ce qu'ils ont appelé la gouvernance. Du point de vue de la sécurité, malheureusement, le constat est que la situation s'est détériorée de façon incontestable par rapport à 2023.
Quels sont les éléments factuels dont vous disposez pour dire que la situation s'est détériorée au niveau sécuritaire ?
Je me base sur des données publiques : les données de la base d’Acled. Il y a eu une hausse du nombre d'incidents sécuritaires. Il y a eu une augmentation du nombre de pertes en vies humaines. Il y a eu une augmentation du nombre d'attaques contre les forces armées. Et il y a eu une extension géographique de la violence jihadiste.
Comment peut-on expliquer cette détérioration de la situation sécuritaire ? Est-elle est liée au contexte régional peut-être ?
Sauf que dans le même temps, la région de Tillabéri est devenue la région la plus affectée par la violence terroriste. C'est là où il y a le plus de morts. Il n'y a aucune région, ni du Mali, ni du Burkina Faso, qui a enregistré cela.
Sur le plan politique, tous les partis ont désormais été dissous au Niger, en 2025. Est-ce qu'il y a encore, à ce jour, une vie politique dans le pays ?
Malheureusement, non. Si ce n'était que la dissolution des partis politiques… Il y a au Niger un rétrécissement extrême de l'espace civique. Vous avez des arrestations arbitraires en grand nombre. Vous avez une suppression de toute possibilité de liberté d'expression, l'interdiction des médias même internationaux, le mépris des décisions de justice, la dissolution des organisations non-gouvernementales et leur soumission à un système de contrôle sans précédent. Donc, un régime autoritaire. C'est ça la réalité.
Cela fait trois ans que Mohamed Bazoum est détenu à Niamey. Quelles sont les nouvelles que vous avez du président renversé ? Comment se porte-t-il aujourd’hui ?
J'espère qu'il se porte bien, mais le président Bazoum n'a pas de contact. Il a été privé des moyens de communication depuis très longtemps. Sa situation est préoccupante. D'abord la détention injuste, injustifiable. Il n'y a pas de précédent dans notre pays. Le président Bazoum, à l'heure où nous parlons, a été détenu plus longtemps qu'il n'a gouverné le pays. Sa détention est arbitraire. Ça, ça a été décidé par un groupe de travail des Nations unies. Il n'a pas été jugé. Il n'y a aucun grief public contre lui. Mais il y a d'autres personnes détenues : son ministre de l'Intérieur Hamadou Adamou Souley, Moussa Tchangari un activiste de la société civile... Il faut libérer tout ce monde.
Économiquement en tout cas, malgré les prédictions des plus pessimistes, le pays ne s'est pas effondré. Comment décririez-vous aujourd'hui l'économie nigérienne ?
Oui, sur le plan factuel, on a une croissance économique forte. En 2024, c'est remarquable, entre 9% et 10 %. En 2025, les estimations la placent autour de 7 %. Ça, c'est pour la croissance macroéconomique.
Grâce au pétrole ?
C'est le pétrole. Le pétrole représente à peu près 9 % du PIB. Le deuxième contributeur à la croissance, c'est l'agriculture. Mais les deux sources font qu’il ne s'agit pas d'une performance de politique publique ou de stratégie économique. Qu'il s'agisse du pipeline Niger-Bénin, qu'il s'agisse des investissements pétroliers, tout cela a été négocié et était sur le point d'entrer en production quand le coup d'État est intervenu. Transformer une croissance de nature pétrolière en réduction de la pauvreté ou en bien-être des populations, ça, ça demande des politiques publiques. De surcroît, il y a une baisse drastique de l'aide. Et tout ça, sur fond d'une augmentation de nos dépenses en matière de défense.
Il y a quand même un autre élément à prendre en compte, c'est cette fermeture de la frontière entre le Niger et le Bénin. Que fait perdre cette fermeture de la frontière à Niamey ?
C'est l'une des choses les plus incompréhensibles. Il semble que la querelle procéderait de la possibilité qu'il y ait des forces françaises basées au Bénin, qui constitueraient une menace. Mais on ne peut pas réclamer pour soi la souveraineté et décider qui peut aller chez les autres. Par bonheur, le pétrole passe quand même par le Bénin. Donc, la frontière est fermée, mais juste la frontière terrestre, au niveau de Malanville.
Avec les militaires, le CNSP tient au pouvoir trois ans après. Comment d'après vous et pourquoi ?
Il n'y a pas qu'au Niger. C'est le cas au Mali, c’est le cas au Burkina Faso. Je ne pense pas que le fait de perdurer au pouvoir soit lié à la performance. C'est davantage lié à l'atonie de l'élite. Les gens s'accommodent de la situation sur place. Et puis, compte tenu de la situation sécuritaire, ce ne serait un cadeau pour personne, j'imagine. C'est une tragédie de penser comme ça. La pression jihadiste est si forte que je ne sais pas si le pouvoir attire.
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