Le balafon, une histoire d’héritage

Le balafon, une histoire d’héritage

Dans sa salle de cours au conservatoire de Nanterre, en région parisienne, Lansiné Diabaté, Guinéen d’origine, enseigne le balafon. Ce xylophone d’Afrique de l’Ouest est intimement lié à la tradition des griots. Et Lansiné Diabaté, l’est, griot. Pour lui l’important réside dans la transmission.

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Un xylophone d'une vingtaine de lames sous lesquelles se trouvent des calebasses. Lansiné Diabaté joue du balafon pour nous raconter son histoire, qui trouve son origine à Niagassola, en Guinée , au XIIIe siècle, à l'époque de l'empire Sosso, sous le règne de Soumaoro Kanté.

« L’histoire du premier morceau de balafon joué... Soumaoro Kanté n'avait jamais entendu ça. Il dit  "Mais quelqu'un a trouvé mon instrument". Il arrive et il voit Gnankouman Doua. Il lui demande : "Tu es un être humain ou un génie ? Qui es-tu toi qui as osé toucher à mon instrument ?" Il avait peur pour sa vie, mais Soumaoro lui dit "Je t'autorise à jouer" . »

Né à Tokonou, dans la région de Kankan en Guinée, Lansiné Diabaté a appris le balafon auprès de ses oncles et de son père, griot, qui lui révèle un jour qu'il l’a choisi, lui, pour le remplacer dans sa fonction. Ainsi débute son apprentissage…

« Je suis Kouranko, c'est une ethnie qui fait partie des Malinkés. Mais on est plus animistes que les Malinkés. À 12, 13 ans, un jour, mon père m'a dit : "C'est toi qui dois me remplacer." Je ne le croyais pas, je n'avais pas la connaissance nécessaire pour le remplacer. Je ne suis plus allé à l'école. Je suis resté au village, travailler dans les champs. »

« Balafon » signifie faire parler le bala, du nom de l’instrument en malinké. Lansiné Diabaté, lui, a même fait parler le bala dans d’autres pays, dès lors qu’il a quitté sa Guinée natale, appelé par la musique. « Je suis parti de mon pays, j'avais 16,17 ans par le biais d'Adama Dramé, un grand percussionniste africain qui était installé à Bouaké et qui m'a fait venir en Côte d'Ivoire dans son groupe. »

Traditionnellement présent du Sénégal au Cameroun, on trouve désormais des balafons partout à travers le monde. Lansiné Diabaté enseigne à présent au Conservatoire de Nanterre en région parisienne, où il est entouré de balafons. Et il nous en livre même les secrets de fabrication.

« C’est l'un des rares instruments où l’on ne détruit pas la forêt. On doit chercher le bois qui est mort naturellement. La calebasse, c'est un fruit qui sert de caisse de résonance. On la vide puis, plus on referme le trou, plus le son est grave. Plus on ouvre, plus le son est aigu. La calebasse est accordée aussi. Ce sont des calebasses avec des cocons d’araignées, qu’on met quand on referme le trou de la calebasse. C’est ce qui fait ce son de métal… C'est entre le métal et le bois. »

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Pour Lansiné Diabaté, tout l’enjeu maintenant est de réussir à transmettre son savoir de griot. « Culturellement, je ne peux plus transmettre ce que mon père m'a transmis. C'est comme si quelque chose s'arrêtait à moi. Si j’étais resté en Guinée, j’aurais pu transmettre tout ça à mes enfants, mais je serais resté pauvre… C’est pourquoi parfois je suis ému… Je me demande : " Est-ce que j'ai fait le bon choix ? " »

« Il y a un morceau de balafon qui nous dit : "Nul ne sait comment il finira dans la vie" . Je l’aime bien ce morceau. J'ai voulu une vie, et j'ai peut-être ce qui est le mieux pour moi. Je suis un griot de Nanterre, aujourd'hui. Et j'ai trouvé des personnes qui aiment la culture africaine, et qui sont venues étudier le son de mes balafons. Malgré ce que mes enfants n'ont pas eu, il y a quelque chose qui reste éternellement. Donc peut-être que j’ai fait le bon choix. »

Le balafon comme un héritage… Pour que ses touches en bois aux sonorités métalliques continuent de retentir, de génération en génération.

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