
Entre Orient et Occident, Parallel Universe , ce nouvel album signé Natacha Atlas et Samy Bishai dessine en sept plages les contours d’un univers parallèle où textes en arabe et en anglais trouvent une résonnance inédite sur des rythmiques mahraganat.
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Natacha Atlas et Samy Bishai conjuguent au quotidien cultures égyptienne et anglaise. La chanteuse, fille d’un médecin égyptien et d’une costumière anglaise a grandi dans la proche banlieue de Bruxelles jusqu’au divorce de ses parents. Alors âgée de 7 ans, elle suit sa mère au Royaume-Uni .
Repérée au début des années 90, sur les albums de Jah Wobble, puis du collectif Transglobal Underground, elle participe à l’édification de ce nouveau paradigme musical qui fait fi des frontières géographiques et stylistiques.
Samy Bishai, lui est né et a grandi au pays des pharaons. Formé au violon occidental classique au Conservatoire d’Alexandrie, il avoue avoir été très tôt fasciné par le jazz qu’écoutaient son père, batteur de jazz amateur et sa mère pianiste classique à ses heures perdues. A quinze ans, il commence à se produire sur scène en Égypte .
En 1999, tout juste âgé de 20 ans, il débarque à Londres avec l’envie de parfaire sa formation et d’intégrer des orchestres jazz. « Ça a été une époque formidable de ma vie, une époque où j’ai beaucoup appris, expérimentant l’improvisation propre au jazz, mais aussi les arcanes du flamenco, des musiques brésiliennes, cubaines ou mandingues » se souvient-il.
Il jouera un temps avec le joueur de kora Seckou Keita ; une tranche de vie qu’il chérit aujourd’hui encore, car elle lui a permis de percevoir via les musiques et les danses de l’Ouest africain, les liens entre ces musiques de tradition et le blues, le rock, le jazz ou le hip-hop. Durant ces années, il s’initie aussi aux musiques électroniques.
Dix-huit ans déjà
Natacha et Samy se sont rencontrés en 2008. Depuis, la chanteuse et le producteur ont signé à 4 mains, mais sous le seul nom de la chanteuse, une série d’albums dont le premier Mounqaliba est paru en 2010. Seule exception, Les Nuits publié en 2013 sous leurs deux patronymes répond à une commande du chorégraphe basé à Aix, Angelin Preljocaj. Le couple mentionnera aussi Myriad Road, l’album conçu et réalisé avec le trompettiste Ibrahim Maalouf en 2015.
Alors, pourquoi officialiser aujourd’hui ce qu’on pouvait savoir en parcourant attentivement les crédits des précédents albums de la chanteuse ? « On a toujours tout fait ensemble » confirme la chanteuse. « J’écris tout avec Samy, même les paroles. Les arrangements sont de lui. Il me semblait plus juste de le dire, qu’il ne soit plus dans l’ombre, mais à côté, à parts égales. Je ne compose pas seule dans mon coin avec ma guitare. On est ensemble . » ajoute la chanteuse avant de préciser : « J’adore partir de la composition ou du moins de la structure musicale pour écrire mes paroles. Samy lui, préfère composer à partir du texte pour trouver la musique qui va avec . ».
Les musiques des Printemps arabes
Parallèles, voire antinomiques, leurs façons de travailler ne sont pas incompatibles comme en témoignent les sept plages inventives de ce premier volume. « On explore des voies nouvelles qui nous transportent au cœur des musiques urbaines égyptiennes d’aujourd’hui, de l’électro-shaabi qui a vu le jour conjointement au Printemps arabe au Caire et du Mahraganat qui lui a succédé. L’évolution des musiques là-bas nous subjugue. Les rappeurs égyptiens ont su en seulement 10 ans, parcourir une histoire qui court depuis 30 ans en Occident » souligne-t-il.
Il poursuit : « Ils ont trouvé les moyens de faire évoluer la langue arabe, rythmiquement, mais aussi par son élasticité. Ils ont malaxé la poésie arabe pour qu’elle puisse avoir sa place dans ce contexte technologique. Quand ils utilisent l’Auto-tune, par exemple, ils ont trouvé la façon de le conjuguer au quart de ton arabe. ». « On est fan de cette nouvelle génération » précise la chanteuse qui s’empresse de citer les noms de Wegz, El Waili, Marwan Moussa, Marwan Pablo, des rappeurs et producteurs, stars de l’underground cairote.
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Consternés, mais pas résignés
Ce mahraganat infuse leurs musiques, y imprime un groove moyen-oriental. Cet album porte la marque, les stigmates de cette révolution sonore croisant un beat sec de 808 (*), presque désincarné, robotique et le chant de Natacha Atlas. La chanteuse dont le succès de sa reprise de « Mon amie la rose » a modifié le destin, est ici au plus près de l’émotion de leurs chansons, sans fioritures excessives.
Avec justesse, elle chante un monde en plein bouleversement, un monde aux antagonismes forts. « Il est aujourd’hui difficile de vivre pleinement sans être déprimé par l’état du monde. En même temps, des milliers d’exemples chaque jour nous donnent de l’espoir » précise Natacha Atlas, refusant de parler de vision pessimiste. « Aujourd’hui, le tiers-monde comme on l’appelle, c’est 80% du monde et c’est surtout une population jeune et inventive. ».
Dédié « à la Palestine, à son peuple, les Palestiniens et à l’éternelle inspiration de leur courage », Univers Parallel éclate d’un rouge qui évoque autant la rose, que le sang, la passion et l’amour. « Dans l’Islam, il y a 99 noms pour parler de Dieu et parmi tous ces noms, il y en a un , Somoud , (titre de la dernière plage - NDLR) qui évoque une notion difficilement traduisible, quelque part entre permanence et résilience. » tente d’expliquer Natacha.
« C’est un mot très arabe en fait, pour signifier une chose qui continue d’exister, qui persiste éternellement. L’intro de ce titre slamée par Tuup cadre le propos de la chanson. Le propos du poète et percussionniste de Transglobal Underground, mais aussi de Fundamental, est sans ambages : Ne te laisse pas berner/Les bombes ne seront jamais des armes de paix/Les bombes sont des armes de guerre. (…) »
Un propos qui fait écho aux mots du couple : « La seule chose qu’on a, c’est notre voix, face aux injustices et à l’hypocrisie. Il nous faut avancer » clame Natacha.
(*) TR-808, la légendaire boite à rythmes Roland, autant utilisé par les beatmakers du hip-hop, que les producteurs de la house ou de la techno.
Natacha Atlas & Samy Bishai Parallel Universe (Airfono/Bigwax Distribution) 2026
En concert au Cabaret Sauvage, Paris, le 30 septembre
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