Procès de l'affaire Martinez Zogo au Cameroun: la défense dénonce les contradictions du colonel Ottoulou

Procès de l'affaire Martinez Zogo au Cameroun: la défense dénonce les contradictions du colonel Ottoulou

Le 34e témoin du procès de l'affaire Martinez Zogo au Cameroun, le colonel Jean-Pierre Ottoulou, accable les trois principaux accusés. Ancien chef de la compagnie de gendarmerie de la région du Centre au moment des faits, c’est lui qui avait ouvert une enquête, après avoir effectué, avec ses équipes, la première descente sur le terrain vague situé dans la localité d’Ebogo près de Yaoundé, où avait été découvert le corps de Martinez.

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Avec notre correspondant à Yaoundé, Richard Onanena

Désormais en fonction dans la région du Littoral, le colonel Ottoulou a tenu à rappeler qu’au moment où il menait son enquête, il avait d’abord découvert une complicité entre le lieutenant-colonel Danwe et Jean-Pierre Amougou Belinga. Ce dernier, lors d'une conversation, lui aurait demandé de « faire taire » Martinez Zogo.

Il est également revenu sur les itinéraires empruntés par la fameuse « Prado noire », la voiture avec laquelle Martinez Zogo a été enlevé, ainsi que sur les aveux de Danwe. Pour Maître Charles Tchoungang, le témoin a livré un récit contradictoire : « Il contredit son propre expert qu'il a commis, c'est-à-dire le procureur, qui a conclu que Monsieur Jean-Pierre Amougou Belinga n'a de lien avec l'enlèvement, la torture et l'assassinat de Martinez Zogo. »

Le colonel Ottoulou a également mentionné que, dès les premières étapes de l’enquête mixte, la position de Maxime Eko Eko, alors directeur général des Renseignements généraux, avait intrigué les enquêteurs. Selon le colonel Ottoulou, c’est ce dernier qui a immédiatement orienté les enquêteurs vers la piste de Jean-Pierre Amougou Belinga et de Justin Danwé.

Pour Maître Seri Zokou, ce témoin est surprenant et laisse planer un doute sur la manière dont l’enquête a été menée. « Nous avons le sentiment d'une enquête qui semblait orientée dès le début. Il a encore une chance, lors des contre-interrogatoires, de dire la vérité qui figure dans le dossier qu'il a lui-même suivi de bout en bout. »

L’affaire a été renvoyée au 2 et 3 août 2026 pour le contre-interrogatoire du témoin.

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Retour sur l'affaire Martinez Zogo

Le 22 janvier 2023, au matin, les Camerounais apprennent la découverte du corps sans vie de Martinez Zogo - Arsène Salomon Mbani Zogo de son vrai nom -, animateur d’une émission de radio très populaire à Yaoundé. Il avait 51 ans et laissait derrière lui une femme et des enfants. Tous les matins, en semaine, dans son émission « Embouteillages », il invectivait, dénonçait, vitupérait contre les maux de la société camerounaise et contre les puissants, à l’exception du président, Paul Biya, qu’il encensait.

Enlevé le 17 janvier, dans la soirée, il est retrouvé sans vie, nu sur un terrain à 25 kilomètres environ de la capitale, portant des traces de sévices.

En fermant l’information judiciaire, le colonel-magistrat Pierrot Narcisse Nzie, troisième juge d’instruction militaire en charge de l’enquête, a renvoyé en instance de jugement 17 accusés, tous détenus. Parmi eux : l’ancien patron de la DGRE (le service de contre-espionnage camerounais) Léopold Maxime Eko Eko, le lieutenant-colonel Justin Danwe, ancien directeur des opérations à la DGRE, le patron du groupe de presse l’Anecdote Jean-Pierre Amougou Belinga, et l’édile Stéphane Martin Savom, cadre administratif et maire de Bibey, commune de la région Centre du Cameroun .

Resté longtemps enlisé dans des questions de procédure, le procès pour assassinat, torture, enlèvement et séquestration de l'affaire Martinez Zogo s’est ouvert le lundi 25 mars 2024 au tribunal militaire de Yaoundé. Les débats sur le fonds ont commencé le 1er septembre 2025.

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