«Na Bo Ndedi»: le makossa camerounais de Ngalle Jojo à nouveau disponible

«Na Bo Ndedi»: le makossa camerounais de Ngalle Jojo à nouveau disponible

Le musicien camerounais Ngalle Jojo, figure discrète mais essentielle du makossa, revient sur le devant de la scène avec la réédition de son premier album Na Bo Ndedi par Celluloïd Records. L’occasion de redécouvrir un pionnier de Douala qui a contribué à faire rayonner le makossa dans le monde.

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La réédition de son premier album Na Bo Ndedi remet aujourd’hui en lumière le parcours singulier de Ngalle Jojo, musicien camerounais originaire de Douala. De son vrai nom Joseph Ngalle, il fait partie de cette génération d’artistes des années 1970 et 1980 qui ont contribué à faire découvrir le makossa au monde entier. Comme beaucoup de musiciens de cette période, il se distingue par un mélange audacieux de rythmes traditionnels et d’arrangements modernes, en intégrant notamment les synthétiseurs, comme cela se fait alors sur tous les continents.

La passion de Ngalle Jojo commence très tôt. Enfant, il joue déjà à l’école, puis, à l’adolescence, il entre dans ce qu’on appelle « le circuit des cabarets ». Il y affronte un public exigeant, parfois difficile, mais cette expérience se révèle être une véritable école pour le jeune musicien. C’est dans ce contexte qu’il forge son style et son professionnalisme, au contact direct de la scène et du public.

En 1977, à seulement 18 ans, il enregistre son premier disque, un 45 tours. La chanson s’intitule « Alliance » et rencontre un immense succès. Le triomphe est tel qu’il surprend tout le monde : Ngalle Jojo lui-même, mais aussi son label de l’époque, Sonodisc. Ce morceau devient le premier Disque d’or du label et marque un tournant pour la carrière du musicien comme pour la maison de disques.

Na Bo Ndedi , la diaspora et la fin de l’aventure Sonodisc

Sonodisc est alors un label français monté à Paris au début des années 1970. Spécialisé dans la production et la distribution de musiques africaines et caribéennes, il occupe une place rare et précieuse sur le marché de l’époque. Fort du succès de « Alliance », le label prolonge naturellement le contrat de Ngalle Jojo et le fait venir à Paris pour enregistrer son premier album, Na Bo Ndedi , celui-là même qui est réédité aujourd’hui.

À Paris, Ngalle Jojo rencontre la diaspora africaine et caribéenne. S’il joue du makossa, les musiciens qui l’accompagnent sur ce disque ne sont pas tous camerounais. On y retrouve François Coréa, guitariste sénégalais, Patrick Francfort, batteur martiniquais, ainsi qu’un bassiste gabonais, Jean‑Yves Messan. Sur ce chemin, il croise aussi Jacob Desvarieux et Jocelyne Beroard, qui inventeront un peu plus tard le zouk avec le groupe Kassav’ . Ngalle Jojo affirme lui-même que les Antillais se seraient largement inspirés du makossa pour créer le zouk .

Malheureusement, l’aventure Sonodisc se termine. Le label connaît plusieurs revers commerciaux et subit de plein fouet l’arrivée de la cassette dans les années 1980. Le public, plutôt que d’acheter des disques, copie la musique sur ces cassettes et se les échange, un phénomène qui fragilise fortement l’économie du disque. Sonodisc ne s’en relève pas, et Ngalle Jojo, comme beaucoup d’autres artistes africains, se retrouve brutalement sans label.

Face à cette situation, il décide de se reconvertir. À l’image de certaines stars de la soul américaine comme Solomon Burke ou Al Green, Ngalle Jojo devient pasteur. Il exerce son ministère dans l’Oise, au nord de Paris, où il officie toujours [au moment de la chronique]. La réédition de Na Bo Ndedi offre donc l’occasion de replonger dans l’un des grands tubes de son premier album, « Na Bo Ndedi », sorti en 1978, et de redécouvrir l’empreinte d’un musicien qui a largement contribué au rayonnement du makossa camerounais.

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