
Au Mexique, le Cartel de Jalisco Nouvelle Génération, l'une des organisations de narcotrafiquants les plus puissantes du pays, vient de diffuser une vidéo de propagande menaçant deux gangs de Mexico.
Publié le : Modifié le :
Sur la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, une quinzaine d’hommes masqués posent, arme au poing, devant un mur de parpaings. Certains portent des gilets tactiques floqués de quatre initiales : CJNG, celles du redoutable Cartel de Jalisco Nouvelle Génération. D’après le quotidien El País , il s’agirait de membres de la Gente del Serio, l’une des nombreuses cellules du cartel, active notamment dans les États alentour de Mexico.
« Ces cellules sont des groupes relativement autonomes qui utilisent le sigle du cartel, sa puissance de corruption, ses réseaux de blanchiment, d’armes et de stupéfiants », éclaire Stéphane Quéré, enseignant en criminologie au Conservatoire national des Arts et Métiers à Paris et directeur du site spécialisé crimorg.com. « En général, elles contrôlent soit un port, soit une route de transit, soit un poste-frontière. Et elles peuvent apparaître, disparaître ou changer d’affiliation selon les opportunités du moment. »
« Guerre psychologique »
Cette vidéo de propagande est la quatrième publiée par le groupe criminel depuis décembre dernier. À chaque fois, la mise en scène est la même : des hommes lourdement armés campés devant un mur gris, et au milieu d’eux, un autre lisant un communiqué sur son téléphone portable. L’objectif est de montrer la montée en puissance de leur organisation, en menaçant au passage des responsables locaux ou des gangs rivaux. « Ce genre de communication est assez commun dans les cartels mexicains, que ce soit sur les réseaux sociaux ou par des banderoles accrochées aux ponts d’autoroute », remarque Stéphane Quéré.
Cette fois encore, l’ennemi est clairement désigné : l'Union Tepito et le cartel de Tlahuac, deux gangs de seconde zone implantés à Mexico où ils pratiquent le trafic de stupéfiants et l’extorsion. Dans sa vidéo, le CJNG leur reproche d’usurper son nom pour opérer. « Ces imposteurs qui prétendent travailler pour l’entreprise, leur mine d’or est désormais épuisée », avertit l’orateur au débit de mitraillette, AK-47 collé contre son buste. « Nous sommes venus rétablir l’ordre, pas semer le trouble », promet-il en conclusion.
« Le Cartel de Jalisco Nouvelle Génération semble vouloir s’implanter dans la capitale. Jusqu’à présent, il s’y trouvait indirectement via des groupes alliés, mais c’était plutôt timide. Là, il annonce la couleur, observe encore Stéphane Quéré. C’est une vidéo de guerre psychologique. On annonce qu’on va arriver, avec toute sa réputation, et on espère affaiblir l’ennemi en comptant notamment sur des défections. »
Une réputation ternie
Après plusieurs revers ces derniers mois, la réputation du CJNG n’est plus tout à fait ce qu’elle était. En février, son chef Nemesio Oseguera Cervantes, alias El Mencho, a été tué lors d’une opération de l’armée mexicaine. En représailles, l’organisation criminelle a déclenché une vague de terreur sur l’ensemble du pays, faisant plusieurs dizaines de morts. Trois mois plus tard, Audias Flores Silva , dit « le Jardinier », considéré comme le successeur d’El Mencho, a été capturé par les forces spéciales mexicaines.
À lire aussi Mexique: la mort d'El Mencho, discret baron de la drogue et architecte d'un empire redouté
Selon Washington, le Cartel de Jalisco Nouvelle Génération serait désormais dirigé par Juan Carlos Valencia González, alias « El 03 », le beau-fils d’El Mencho. Ce citoyen états-unien de 41 ans, né près de Los Angeles, avait déjà été identifié comme le chef du « groupe élite », la branche armée la plus redoutée du CJNG. Il a aussi été inculpé en 2020 par un tribunal fédéral du district de Columbia « pour conspiration en vue de trafic de cocaïne et de métamphétamines ». Les États-Unis promettent une récompense de 5 millions de dollars pour toute information permettant sa capture.
Ces décapitations successives pourraient-elles conduire à déstabiliser le cartel ? « Le risque est de voir des cellules prendre de plus en plus d’autonomie jusqu’à s’émanciper de l’organisation. Mais on n’en est pas encore là », avertit le criminologue Stéphane Quéré. Le CJNG reste l’un des groupes criminels les plus importants du Mexique, voire le plus puissant selon plusieurs analystes, devant le cartel de Sinaloa.
Car outre le trafic de stupéfiants et le blanchiment d’argent, le Cartel de Jalisco est également impliqué dans le détournement d’hydrocarbures, le racket des producteurs d’agrumes et d’avocats ou encore le trafic de migrants. Ses activités ne se cantonnent pas qu’au Mexique ; l’organisation est également présente aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Afrique. « Tout cela fait beaucoup, beaucoup d’argent, ce qui leur permet d’acheter beaucoup, beaucoup d’armes », relève encore Stéphane Quéré.
Difficile cependant d'anticiper les conséquences des menaces proférées dans cette dernière vidéo. Trop de questions restent en suspens. « L'Union Tepito et le cartel de Tlahuac ont-ils les moyens de tenir tête au CNJG ? En ont-ils la volonté ? Y aura-t-il des défections au sein de leurs rangs ? s'interroge le criminologue. Il y aura de la violence, c'est évident. De là à parler de guerre des gangs… »
Newsletter Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail
Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI