
C'est l'histoire d'une modernité respectueuse de l'environnement. Vers la fin du XVIIIe siècle, alors que le monde entier utilise la traction animale ou la voile pour se déplacer sur terre ou sur mer, les ballons emmènent à des milliers de mètres de hauteur quelques heureux élus. Cette technologie, son évolution et ses applications sont longtemps restées une passion française, retracées dans un livre de Mathieu Gobbi et Jérôme Giacomini. Elle n'a sans doute pas dit son dernier mot.
Publié le :
La première réalisation d'un ballon à air chaud s'élevant dans les airs ne remonte pas, comme on le lit souvent, à l'essai officiel opéré par les frères Montgolfier dans la petite ville d'Annonay, en Ardèche, le 4 juin 1783, ni même à celui qu'ils ont effectué en catimini six mois plus tôt. Bien avant eux, un jésuite portugais du Brésil , Bartolomeu Lourenço de Gusmao, avait fait décoller de petits ballons remplis d'air chaud, dont deux s'étaient élevés à une assez grande altitude au cours de l'année 1709. L'invention avait alors semblé aussi dangereuse que dépourvue d'utilité, et elle était tombée dans l'oubli.
Celle des frères Montgolfier connaît, elle, un succès immédiat, au point qu'en octobre, ils réitèrent l'expérience à Versailles, avec une nacelle emportant pour la première fois des êtres vivants, un coq, un mouton et un canard, à une altitude de 500 mètres. En août, une équipe concurrente a eu l'idée de remplacer l'air chaud par de l'hydrogène et a fait s'élever un ballon au-dessus de la place des Victoires à Paris. L'aérostat a atterri 16 kilomètres plus loin à Gonesse, où il a été aussitôt détruit à coups de fourche par des paysans convaincus d'avoir affaire à un monstre.
Pour le premier vol humain, le roi propose d'utiliser des condamnés à mort, mais le scientifique Jean-François Rozier de Pilâtre s'indigne : « Eh quoi ! De vils criminels auraient les premiers la gloire de s’élever dans les airs ? » Il obtient gain de cause et devient le premier être humain à s'élever dans les airs en octobre. Sa gloire sera brève, puisqu'il sera le premier à mourir, deux ans plus tard, d'un accident de montgolfière. Une véritable « ballomanie » parcourt la capitale. En novembre, Jacques Charles et Nicolas-Louis Robert décollent du bassin des Tuileries, à l'emplacement exact du ballon portant la flamme des Jeux olympiques de 2024, et atteignent l'altitude vertigineuse de 4 000 mètres.
De la météorologie à la guerre
Ces mêmes années ont lieu les premiers essais de saut en parachute. Durant la bataille de Fleurus, en 1794, une montgolfière fait son baptême du feu et joue un rôle déterminant dans la localisation de troupes ennemies. Au cours du XIXe siècle, des ballons s'élevant jusqu'à 7 000 mètres permettent de comprendre la formation de la glace dans les nuages, mais aussi que la composition de l'air ne change pas dans l'atmosphère ou que le champ magnétique reste constant quelle que soit l'altitude. Les ballons captifs sont encore utilisés aujourd'hui en météorologie , notamment pour mesurer la pollution de l'air.
À écouter aussi Les mondes extraordinaires de Jules Verne
En 1863, Jules Verne publie son premier roman aux éditions Hetzel. Ce sera aussi son plus grand succès après Le tour du monde en 80 jours . Il n'effectuera lui-même qu'une seule ascension, dix ans plus tard, au-dessus d'Amiens, dont il tirera un article au titre plein d'autodérision, « 24 minutes en ballon ». Durant la guerre de 1870 et le siège de Paris, la combinaison de montgolfières pour quitter la capitale et de pigeons voyageurs pour y revenir permet de maintenir une communication constante avec la province. C'est en ballon que Léon Gambetta, membre éminent du gouvernement de défense nationale, rejoint Tours pour organiser la poursuite des combats. L'un des grands ordonnateurs de ce trafic aérien est le grand photographe Nadar, passionné d'aérostats.
Dirigeables et ballons-sondes
Avec la fin du siècle, la montgolfière se démocratise. De gigantesques ballons captifs font partie des attractions favorites des Expositions universelles de 1867 et de 1878. C'est au Français Henri Giffard qu'on doit la première expérimentation réussie d'un dirigeable, en 1852. Mais il faut attendre vingt ans pour qu'un nouvel essai soit réalisé, avec un vol de 80 km. L'invention intéresse les militaires et sera utilisée pendant les deux guerres mondiales pour protéger les navires en détectant les sous-marins. Mais les dirigeables effectuent aussi de luxueux vols transatlantiques à la vitesse plus qu'honorable de 120km/h. Le spectaculaire incendie de l' Hindenburg à New York en 1937, qui fait 35 morts, a un effet traumatique, et ce mode de transport est abandonné. Les aérostats d'aujourd'hui, gonflés à l'hélium, ne présentent pas les mêmes dangers que ceux d'antan, remplis d'un hydrogène extrêmement inflammable.
À écouter aussi Solar Airship One, un tour du monde en dirigeable solaire
En 1893, un ballon-sonde s'élève du parc de Vaugirard jusqu'à 16 000 mètres d'altitude, découvrant en cette occasion l'inversion de la courbe de température, qui se réchauffe, en haute altitude. Il faut attendre 1931 pour qu'un être humain s'élève à une altitude voisine en montgolfière. Et c'est encore d'un ballon qu'a lieu le plus haut saut en parachute, de presque 39 000 mètres, réalisé par Felix Baumgartner en 2015, qui en cette occasion franchit le mur du son et atteint la vitesse de 1 300 km/h. En 1999, le Suisse Bertrand Piccard et l'Anglais Brian Jones avaient combiné les deux grands voyages imaginaires de Jules Verne en un unique exploit : le premier tour du monde en ballon sans escale en 20 jours et 19 heures. Dix-huit tentatives les avaient précédés.
► À lire : Mathieu Gobbi, Jérôme Giacomini, Histoires extraordinaires de ballons, de la montgolfière à la vasque olympique , Flammarion, 2026.
Newsletter Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail
Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI
Sur le même sujet
27 septembre 1825: un premier train de voyageurs s'ébranle en Angleterre
Nellie Bly, voyageuse de génie et pionnière du journalisme d’investigation
Comment les Expositions universelles esquissent le futur de l’Humanité