
Un piano, une batterie : avec cette formule minimaliste, le pianiste et compositeur martiniquais Hervé Celcal poursuit son travail de réinvention des traditions musicales de son île. Avec Ti Piman , et aux côtés du batteur Tilo Bertholo, il a construit un album où le bèlè rencontre le jazz. Le duo est en concert ces 13 et 14 juillet à Vareilles en Bourgogne.
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Renouveler sans cesse l’expression des traditions martiniquaises en les faisant dialoguer avec les musiques contemporaines : tel est le credo du pianiste Hervé Celcal. Depuis ses débuts, le musicien de 51 ans explore inlassablement les passerelles entre le jazz et le bèlè, cette pratique musicale, chorégraphique et culturelle héritée de la période esclavagiste et qui reste profondément enracinée dans l'histoire de la Martinique .
Formé au piano classique avant de se tourner vers le jazz , Hervé Celcal a développé très tôt une écriture singulière : « Quand j'ai commencé à étudier le piano en Martinique, les musiques de chez nous, et particulièrement la biguine, m'attiraient beaucoup. Mais il n'existait pas de partitions : je relevais tout à l'oreille. Depuis, j'ai toujours jonglé entre le classique, les musiques traditionnelles et le jazz. »
Avec des albums comme Bel Air for Piano (2013) ou Colombo (2018), il a déjà montré sa capacité à faire vivre la tradition en la mêlant au jazz, au classique et à d'autres influences.
Un duo à l'écoute
Pour Ti Piman , Hervé Celcal a choisi de s'entourer du batteur Tilo Bertholo. Âgé d’une trentaine d'années, il s'est déjà imposé comme l'une des figures les plus prometteuses de la nouvelle génération du jazz martiniquais. Son jeu, tout en finesse, fait dialoguer les rythmiques caribéennes avec le langage du jazz contemporain.
Le choix d'un simple duo piano-batterie est toutefois un véritable défi. Privés volontairement de la contrebasse, les deux musiciens doivent réinventer leur manière de dialoguer.
« Cette configuration est assez atypique pour un batteur, explique Tilo Bertholo. Souvent, l'absence d'un bassiste peut être frustrante, car c’est lui qui fait le lien entre la rythmique et la mélodie. Pour ce disque, ajoute-t-il, j'ai dû revoir ma façon de jouer. Il m’a fallu mieux contrôler la puissance de l'instrument afin que la batterie se marie naturellement aux sonorités beaucoup plus douces du piano . »
La force de l'épure
Cette économie de moyens devient rapidement la grande force de l'album. Sans l’intermédiaire de la basse, le dialogue entre les deux musiciens gagne en intensité et en liberté, exactement ce que souhaitait Hervé Celcal : « Dans le jeu de Tilo, il y a tout ce que je cherche. Nous venons de la même île, et même s’il a quinze ans de moins que moi, nous sommes engagés dans la même quête : transmettre notre culture. Notre entente musicale est donc une évidence. On entend d’ailleurs parfaitement dans son jeu le tambour bèlè, même s’il ne joue que de la batterie sur l’album ».
Dès les premières mesures, le titre « Smile » installe une atmosphère délicate. Hervé Celcal évite le lyrisme facile : le toucher est nuancé et chaque note semble pesée. Avec Guéryé Guèryèz , le climat est différent. Le morceau possède une énergie presque incantatoire. « Ce titre parle de résistance explique le pianiste en évoquant toutes ces choses que l’on nous impose et auxquelles nous sommes censés nous adapter . Restons vigilants pour y faire face », ajoute -t-il. Guéryé Guèryèz évoque immédiatement une parole créole, une mémoire populaire, une histoire racontée davantage qu'expliquée.
Le piment comme métaphore de la vie
Le titre de l'album et sa chanson éponyme en ouverture résume à lui seul l'esprit du projet. Le « Ti piman », ingrédient incontournable de la cuisine antillaise, devient sous les doigts d'Hervé Celcal une métaphore de l'existence.
« Le piment représente d'abord la culture d'où je viens, les Antilles. Là-bas, on l'utilise beaucoup, soit pour relever les plats – car il existe aussi un piment doux –, soit pour apporter du piquant. J'ai construit une métaphore autour de cette idée. La vie ressemble au piment : il y a des choses qui brûlent, qui font mal, mais aussi des choses douces. Pourquoi ne pas accepter les deux ? À travers Ti Piman , ajoute-t-il, je fais un parallèle avec notre quotidien, fait de joies, de déceptions, de larmes, mais aussi d'espérance. »
Ti Piman est un disque de huit titres qui mêlent douceur et intensité. Hervé Celcal y propose une interprétation personnelle des traditions martiniquaises, entre respect de l'héritage et recherche musicale contemporaine.
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Hervé Celcal invite Tilo Berthollo Ti Piman (Label Ting Bang) 2026
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