Un bon cru 2026: les 13 finalistes du Prix RFI Théâtre

Un bon cru 2026: les 13 finalistes du Prix RFI Théâtre

Cette année, 142 textes provenant de 11 pays, pour la grande majorité africains, ont été reçus, dont 17 % de textes de femmes. Parmi eux, le comité de lecture a sélectionné 13 textes qui vont être soumis au grand jury à la rentrée de septembre. Le nom du ou de la lauréat.e  du Prix RFI Théâtre 2026 sera annoncé le dimanche 27 septembre et le prix remis à Limoges, dans le cadre du festival Zébrures d'automne.

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Le comité de lecture du Collectif À mots découverts : Elise Blaché, Delphine Brual, Françoise Cousin

C'est avec une grande joie que nous avons, cette année encore, plongé dans le foisonnement des écritures francophones. 142 pièces lues parmi lesquelles il a fallu faire le difficile choix des 13 finalistes âgés de 26 à 47 ans, de 11 nationalités différentes, dont 3 autrices - nous continuons de souligner ce chiffre, tant les difficultés pour trouver le temps et les conditions économiques nécessaires à l'écriture sont accrues pour les femmes partout dans le monde.

De nouvelles voix viennent encore s'ajouter cette année à celles d'autrices et d’auteurs aguerri.es. Des pièces qui s'adressent résolument au public africain mais résonnent fortement au-delà du continent. Elles abordent les problématiques de l'Histoire et de la responsabilité, les questions sociales et intimes comme la légalisation de l'homosexualité et de l'avortement, la question des violences faites aux femmes et aux enfants, la dénonciation des mécanismes de corruption ou encore la revendication d’une vraie liberté d'expression et d'investigation.

Nombreux sont les textes qui mettent en scène la figure de l'écrivain.e, détenteur.ice de la puissance des mots et porté.e par la nécessité de prendre la parole, une parole réinventée et transcendée par le théâtre et la poésie.

Les 13 textes présélectionnés :

Le Live de Papa Abdou Abou Gueye  (Sénégal)

Gòor-jigéen de Éric Digbé (Côte d'Ivoire)

Le Colis du pays de Fidéa Abimbola Suarez Djenontin (Bénin)

La saison des tombes ouvertes de Laurence Essoham Gnaro (Togo)

Épouvantail ou le trou d’Abel de Gaël Tchêgoun Houkpatin (Bénin)

Pour une gorgée d'Atoumo de Nathalie Bidodessi Hounvo Yèkpè (Bénin)

Nouvelle expérience logistique de Rodrigue Isamaliki (RDC)

Les Yeux que la Nuit a pris de Joubert Joseph (Haïti)

Le caleçon du Père Georges de Edouard Dublin Mboko (RDC)

Vase à Urne de Gloire Ngoyi (République du Congo)

Boukan de Alexandro Christi Nicolas (Haïti)

Anachronik de Issan Giska Ntsila (République du Congo)

Ima Maryam : le jugement de Marie de Hermine Eliane Yollo Mingele (Cameroun)

Le Live de Papa Abdou Abou Gueye (Sénégal)

Un journaliste seul face à son ordinateur dénonce dans un live la corruption du pouvoir en place.  La foule des internautes commente en direct, se connecte et se déconnecte. Le pouvoir laissera-t-il libre cette parole qui dénonce avant tout l'emprise insidieuse de la peur ?

Une parole forte et frontale dans un dispositif qui met en perspective présence et absence, liberté d'expression et menace de censure, prise de parole risquée et commentaires anonymes.

Abou Gueye est un auteur, metteur en scène et comédien sénégalais. Formé en Afrique et en Europe, il est cofondateur de la compagnie Phoenix, de Saint-Louis, au Sénégal, qu’il a dirigée de 2013 à 2021, avant de poursuivre sa carrière en France, entre scènes indépendantes et ateliers d’écriture contemporaine. Profondément ancré dans les réalités sociales et humaines de son pays, son processus créatif se veut libre et ouvert à tous : femmes, jeunes et voix oubliées se croisent et se répondent, trouvant enfin leur place sur scène, dans un théâtre intime, collectif et engagé.

Gòor-jigéen de Éric Digbé (Côte d'Ivoire)

Un cadavre prend la parole. La foule a ouvert sa tombe pour l'en sortir et brûler les restes de son corps : il est Gòor-jigéen, homosexuel, celui qui ne doit pas trouver de repos. Il raconte sa vie :  les humiliations dans sa famille, les brimades à la mosquée, les agressions dans la rue… jusqu’aux tortures ultimes dans la tombe.

Une langue puissante et belle pour une pensée sensible qui trace le parcours d’une vie dans un pays où l’homosexualité est criminalisée.

Éric Digbé, prépare une thèse sur le roman d’entreprise chez Sand et Hugo. Critique littéraire et écrivain-poète, il est lauréat du Prix de la préface 2025 de la CENE littéraire et auteur du poème-fleuve Comme jours d’après déluge (La Case des Lucioles, 2025), salué par la critique.

Le Colis du pays de Fidéa Abimbola Suarez Djenontin (Bénin)

Dans un pays imaginaire : la République de Benigne, le colonel reçoit de hauts dignitaires à dîner. Mais le colis de viande pour le repas du soir contient la tête d'un opposant, Amavo, « disparu » sept ans auparavant alors qu'il était sur le point de révéler un scandale de corruption au sommet. Sa réapparition soudaine est un avertissement : le combat a repris, d'autres têtes vont tomber. La ville est en ébullition, deux femmes mènent l’enquête, Maman Chabi qui tient un restaurant où se rendent régulièrement les politiques, qu’elle écoute l’air de rien, et Adja Gnonnou, brillante étudiante en droit, qui a monté un réseau de prostitution de luxe…

Une pièce forte et engagée qui nous embarque, non sans humour, dans une enquête politique haletante. Le portrait tout en finesse d’une société où les femmes deviennent les moteurs de l’action.

Fidéa Abimbola Suarez DJENONTIN est né en 2000 à Abomey-Calavi, au Bénin. Ingénieur Statisticien Économiste en fin de formation à l'ENEAM de Cotonou, il est également écrivain, coauteur d'un recueil de poèmes publié en France et auteur de plusieurs manuscrits inédits couvrant romans, nouvelles et théâtre. Il navigue entre les données et les mots avec la conviction que les deux, au fond, cherchent la même chose : comprendre ce qui se passe vraiment.

La saison des tombes ouvertes de Laurence Essoham Gnaro (Togo)

Zobé a été mariée à un homme riche. Elle tombe enceinte à la suite d'un viol. Son mari ne supporte pas ce déshonneur et lui impose d’avorter, l'opération la rend stérile, déshonneur plus grand encore. Désormais les coups et les viols deviennent son quotidien dans son foyer. Elle demande le divorce, mais sa famille s’y oppose fermement, de peur de devoir rembourser la dot au mari. Zobé ne trouvera refuge que dans la mort. L'affaire fait grand bruit et mobilise l'opinion publique : les hommes au pouvoir se pencheront- ils sur ces problèmes « de femmes » ?

La dénonciation virulente et crue d'une réalité concrète. Une mise en jeu radicale des questions féministes.

Autrice et dramaturge autodidacte, Laurence Essoham explore d'abord la nouvelle et le blogging (Autrice pour mondoblog RFI) puis l’écriture dramatique. Au théâtre elle écrit notamment La Belle et les Bêtes (pièce finaliste du Prix RFI Théâtre en 2023) avant de signer Des vies et des syndromes, Ma puce à moi, ma pute le pouvoir, Quand maman n'est pas là ou encore Donan n’aura pas la canne.

Épouvantail ou le trou d’Abel de Gaël Tchêgoun Houkpatin (Bénin)

Sous le regard de l’épouvantail, Abel et sa fille Homba creusent un trou pour planter des graines. La mère a disparu sans laisser de trace après avoir tenté de fuir avec sa fille. Petit à petit la vérité refait surface, un parfum, une chaussure : au fond du trou il y a le meurtre et l’inceste.

Un texte corrosif et glaçant, porté par une poésie organique et un jeu de métaphores puissant : ce trou au bord duquel les personnages s'affrontent n'est pas la terre où faire pousser des fruits nourriciers, mais bien une tombe.

Gaël Hounkpatin est un auteur béninois. Prix des Journées de Lyon des Autrices et  Auteurs de Théâtre, il est lauréat de Convergence Plateau, du programme PAIR et de la Fabrique de fictions. Il a également été plusieurs fois finaliste du Prix RFI Théâtre.

Pour une gorgée d'Atoumo de Nathalie Bidodessi Hounvo Yèkpè (Bénin)

Agossi a une licence en tourisme spécialité « traite négrière », elle fait visiter les différents lieux par lesquels sont passé.es les esclaves avant leur départ en bateau. Une visiteuse, qui n’est pas touriste, Marie-Claude, (re)venue de l’autre côté de l’Océan avec tous les fantômes de sa lignée, la bouleverse au point qu’Agossi s’évanouit. Lorsqu’elle revient à elle, Marie-Claude a disparu, lui laissant en main une feuille d’Atoumo. Agossi décide alors de vendre la maison de son père et de faire le chemin inverse de Marie-Claude, celui que firent les hommes et les femmes trahi.es et vendu.es par leurs pairs/pères.

Un voyage à rebours sous forme de prière poétique. Un point de vue singulier qui déplace notre regard sur la place des femmes dans l'Histoire, en particulier celle de l'esclavage.

Autrice, metteuse en scène et comédienne, Nathalie Hounvo Yèkpè est originaire du Bénin. Elle a écrit plusieurs pièces de théâtre dont Course aux noces publiée chez Lansman Éditeur, Les Vivants dans l’ombre publiée chez les éditions de l’appartement et La Faiseuse d’anges en cours d’adaptation au cinéma

Nouvelle expérience logistique de Rodrigue Isamaliki (RDC)

Goma vient de tomber mais les autorités cherchent à cacher la guerre en cours. Les médias reçoivent un communiqué menaçant. L'élément de langage autorisé pour évoquer la situation sera « nouvelle expérience logistique ». Dans les studios de Radio Umoja, journalistes, technicien et directrice de l'antenne réfléchissent à une stratégie avant de lancer le direct.

Un huis-clos qui déjoue avec finesse les menaces qui pèsent sur la liberté des médias. Comment rester fidèle à ses convictions sans perdre sa puissance d'agir ? Un théâtre politique et sensible.

Né à Kiliba dans le Sud-Kivu,  je suis avocat, passionné de littérature. Membre cofondateur des éditions Miezi et Président de Miezi ASBL. le texte sélectionné est ma première pièce de théâtre .

Les Yeux que la Nuit a pris de Joubert Joseph (Haïti)

Édouard Belizaire, entrepreneur dans le bâtiment, est laissé pour mort, les yeux crevés, à deux pas de chez lui, dans un Port au Prince assailli par les gangs. Aveugle, il ne peut plus exercer son métier. Quel est ce monde qui fabrique des enfants capables d’une telle violence ? Accompagné par l’amour et la lucidité de sa compagne Marlène, il parvient petit à petit à retrouver la force de vivre, malgré la souffrance

Une écriture profonde et sensible pour une traversée philosophique et existentielle pleine de douceur. Une ode à l'amour et à la résistance, loin de toute naïveté.

Joubert Joseph est poète, auteur de trois recueils de poèmes, Les Yeux que la nuit a pris est sa première incursion dans l'écriture théâtrale. Journaliste au quotidien Le Nouvelliste, il est étudiant mémorant en Lettres Modernes à l'École Normale Supérieure de Port-au-Prince.

Le caleçon du Père Georges de Edouard Dublin Mboko (RDC)

Dans la paroisse Saint Raymond du quartier Bisso Le Père Georges succède au Père Simon. Il est aussi sévère et asocial que son prédécesseur était jovial et intégré à la communauté. Le Père Simon lui enseigne alors l'art d’aller vers les autres : à Bisso il faut serrer les mains et faire preuve d'humour en chaire. C’est ainsi que le Père Georges se découvre de nouveaux talents, mais un jour, en arbitrant un match de foot, il suscite le doute : porte-t-il un caleçon sous sa soutane ?

Une comédie dramatique malicieuse et efficace sur la rumeur et l'église autour de la symbolique du père déculotté.

Romancier depuis 2005 au Congo-Brazzaville, D Edouard MBOKO concilie sa passion littéraire avec une formation en QHSE. Fort de son expérience dans le récit, il a été sollicité par ses amis comédiens pour mettre sa plume au service de la scène depuis plus de trois ans. C'est ainsi qu'est né Le caleçon du Père Georges, aujourd'hui sélectionné pour le Prix RFI Théâtre. »

Vase à Urne de Gloire Ngoyi (République du Congo)

Prince vient trouver son père : il veut s’engager en politique, changer le monde, et surtout changer son pays. Il découvre que son père a participé dans sa jeunesse à un vaste mouvement de protestations et que, blessé lors d’une manifestation, il a renoncé à la lutte. Ce renoncement le hante. Prince doit-il suivre son exemple ?

Une pièce politique et intime, à la langue délicate, qui dit la soif de changement, le feu qui couve et le désir de vie, mais aussi l’épuisement du corps social. Le portrait sensible d'une famille.

Gloire Ngoyi est un auteur congolais basé à Pointe-Noire, Congo-Brazzaville. Son écriture est une incarnation, elle prend le corps — habitée par les morts, la mémoire et les liens de famille. Il est notamment l'auteur de Lumière sombre et Un testicule , disponibles sur la plateforme TAMA. Avec Vase À Urne, il continue d'interroger ce que le théâtre peut faire du deuil.

Boukan de Alexandro Christi Nicolas (Haïti)

La Mère s’est enfuie avec l’enfant, elle va de quartier en quartier, de maison en maison, essayant d’échapper aux gangs qui quadrillent la ville. Ses deux plus grands (le frère et la sœur) ont choisi de rester et de tenter de survivre ensemble. Le frère est brûlé vif à deux pas de chez lui, par ses amis d’enfance.

Quatre voix qui s’entremêlent et se répondent pour dire la violence qui embrase Haïti, la peur et la mort au bout de la rue. Une très belle langue, poétique et concrète.

« Je suis un comédien, auteur dramatique et photographe haïtien, né à Port-au-Prince. Mon parcours artistique se construit à la croisée du théâtre, du cinéma et de l’écriture, avec une attention particulière portée aux questions d’identité, de mémoire et de migration. Je tente d'aborder ces sujets avec humour, pudeur et poésie. »

Anachronik de Issan Giska Ntsila (République du Congo)

En 2092, Kema remonte le temps jusqu’en 1884, grâce à une machine qu’il a construite pour éviter le dépeçage du Congo par les colons européens. Il parvient à modifier le cours de l’Histoire : plusieurs présents potentiels coexistent alors.

Une uchronie inventive et une réflexion puissante sur l'Histoire et la responsabilité : comment regarder le présent en face pour pouvoir agir, comment tirer les leçons du passé sans occulter les réalités qui blessent.

Né à Brazzaville (Congo), je découvre le théâtre au lycée à travers la lecture des œuvres de Sony Labou Tansi et de Jean-Paul Sartre. C'est ainsi qu'est née une passion qui n'a cessé de grandir. Aujourd'hui, je partage mon temps entre le barreau et l'écriture théâtrale.

Ima Maryam : le jugement de Marie de Hermine Eliane Yollo Mingele (Cameroun)

Un débat s'engage entre trois personnages : Maryam, la femme à l'origine de la Vierge Marie, l'Entité-dite-Marie, et Marie-sage-comme-une-image, figure d’immaculée conception instrumentalisée par le patriarcat et le colonialisme. Et si l'on considérait la Vierge dans toute son humanité, que deviendrait la ferveur religieuse, comment seraient représentées les femmes dans nos sociétés ?

Une écriture précise et singulière pour revisiter un mythe fondateur par le prisme du féminisme et de la pensée décoloniale.

Enfant du théâtre, Hermine Yollo est une comédienne et metteuse en scène camerounaise qui se définit comme metteuse en mots, pour signifier son rapport scénique à l’écriture. En 2016, elle décide de rendre publics ses écrits avec La Femme-Iset et Fil(e) d’attentes (paru en 2020).

► Le Prix RFI Théâtre est organisé en partenariat avec la SACD, l’Institut français, l’Institut français du Sénégal à Saint-Louis, les Francophonies - Des écritures à la scène, Théâtre ouvert - Centre national des dramaturgies contemporaines, et le Centre dramatique national de Normandie-Rouen.

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