
C’est l’album idéal pour aller bien. So est un album en anglais, soul et pop, dont l’énergie solaire et généreuse procure l’irrésistible envie de se poser et de regarder autour de soi. Son auteur, Yaya Minté, a travaillé pendant dix ans pour le sortir. De Pikine, sa ville natale dans la banlieue de Dakar, jusqu’aux rues de Paris où il a dormi, itinéraire d’un artiste déterminé.
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Il règne un parfum de sérénité et de concentration dans le grand studio de RFI. Yaya Minté, ses musiciens et sa choriste, répètent les deux chansons qu’ils interprèteront dans l’émission Sur le pont des arts . Face au micro, Yaya Minté, accompagné de sa guitare, interprète le très swing et pop « What the answer ? » (« Quelle est la réponse ? ») Pour le chanteur c’est l’amour toujours. « Si je n'y croyais pas, je ne chanterais pas. C'est la base de tout. Il ne faut pas qu'on l'oublie, ni qu’on le sous-estime. Il ne faut pas qu'on pense que ça fait bisounours .»
Ce credo, en attestait déjà Laisse-moi une place dans ton cœur , son premier single, enregistré en 1999 au studio Harry Son. Plus de vingt ans après, c’est dans ce même studio, à Pantin, que Yaya Minté a enregistré So . Entre les deux et avant il y a une enfance au Sénégal , loin de sa mère, qu’il retrouve lorsqu’il vient s’installer en France à l’âge de 8 ans.
Les premières années à Paris sont difficiles. Yaya Minté, sa mère et ses frères et sœurs dorment parfois dans un foyer du Secours populaire pour les femmes isolées. Ces débuts n’entament pas son désir de se lancer dans la musique. Chanter est un désir tellement ancien qu’il ne se souvient pas d’où il vient.
« Je pense qu’au fond de moi, je chantais déjà. Ce n’est pas une envie, cela fait partie de moi de façon tellement naturelle. Et petit à petit c’est sorti », nous explique-t-il en souriant, le regard lumineux.
Sa vocation est peut-être aussi liée à sa grand-mère adorée –sa voix enregistrée il y a des années ouvre toujours chacun de ses concerts- qui lui chantait des berceuses tout le temps quand il était enfant et l’incitait à lui répondre en inventant des chansons, qu’il soit joyeux ou triste. Peut-être aussi à sa mère qui écoutait beaucoup de musiques qui ont en partie influencé la sienne : Salif Keita , Baaba Maal, Ismaël Lo et surtout Youssou N’Dour , dont le mbalax le marquera pour longtemps. « C hez nous les percussions sont partout, tout le temps », nous précise cet autodidacte épris de percussions, qui s’accompagne toujours de sa guitare mais aussi d’un cajon, un instrument péruvien, dont le son évoque la caisse claire de la batterie.
Des énergies féminines
La vie de Yaya Minté est marquée par les femmes. Quelques grandes chanteuses : Marie Laforêt, Jain, ou encore Imany comptent beaucoup dans sa carrière. Quant à So , le titre de son premier album, c’est le diminutif de Sophie, la défunte mère de ses enfants.
En outre, Yaya Minté revendique une énergie très féminine. « Bien sûr, je suis un homme (sourire) mais je suis assez sensible à l’énergie féminine, c’est à la fois musical et intérieur. J’ai été bercé par les femmes et les femmes de ma vie comptent énormément pour moi. Ce sont des repères, des piliers. Ma mère, ma grand-mère, la mère de mes enfants, ma sœur, ma chef de projet. Je suis entouré de femmes et elles m’ont beaucoup soutenu . Par ailleurs, tout en étant un homme, j’ai une énergie musicale et intérieure très féminine, je crois ».
On confirme, les quinze chansons de So , pour certaines co-écrites avec l’Anglaise Sabira Jade et la Suédoise Anne Lindblom, témoignent d’une énergie, dynamique et douce, qui rappelle parfois les premières chansons d’Adele (« Drift »).
Plus souvent, sa voix, chaude et chaleureuse, est accompagnée de chœurs qui évoquent le gospel. Et pour cause, la musique de Yaya Minté, aux rythmiques souples et aux paroles accrocheuses et universelles, est comme une célébration à laquelle tous sont conviés.
Ce grand admirateur de Boby McFerrin, pionnier des percussions corporelles et maître du « circle song », confirme. « Sans le pratiquer, j’en écoute énormément. Dans mes concerts, je fais beaucoup participer le public et je fais chanter tous mes musiciens (rires) pour avoir cette chorale et cette rythmique. J’ai envie que, chaque soir, nous fassions tous un live, tous ensemble. La musique pour moi est un ensemble dont on fait tous partie et pour laquelle tout le monde doit être impliqué ».
L’école de la rue
La musique, Yaya Minté s’y est formé seul, à l’oreille, avec ses instruments, en écoutant les mêmes artistes que sa mère. Puis Michael Jackson, Prince, ou encore Aaron Neville dont il est très fan et dont on retrouve la douceur dans certaines de ses inflexions soul. Par al suite, avec son premier groupe, Yaya Minté s’est mis à chanter dans tout Paris. « On allait dans le métro, dans la rue, à Montmartre, au Trocadero, on jouait partout ». Une expérience fondamentale dans l’apprentissage de celui qui, quelques années plus tard, fera les premières parties de Jain avec sa guitare, l’accompagnant en tournée, dans d’immenses salles de concert.
« Dans la rue, on joue d’une manière différente, parce qu’il n’y a pas de micro, qu’il y a beaucoup de bruit, cela demande de projeter sa voix autrement. Mais surtout, dans la rue, les gens s’arrêtent s’ils en ont envie. Cela apprend à rester humble et ça, ça aide énormément ».
L’indifférence ne l’arrête pas. « Nothing is impossible », rien n’est impossible, comme il le chante sur « Still I rise », l’un des morceaux les plus entraînants et joyeux de l’album, avec « Carry me on », qu’il dédie à son fils et à sa fille. Un morceau dansant là aussi « pour qu’ils gardent la joie et leur folie d’enfants et qu’ils aient envie de danser à chaque fois qu’ils l’écoutent », nous explique-t-il.
Des rencontres prodigieuses
C’est justement dans la rue que Yaya Minté va faire une rencontre prodigieuse. Marie Laforêt l’écoute une première fois par hasard, puis revient, charmée par son talent. La chanteuse présente Chalie Nestor de Charlie et Lulu à Yaya Minté et son groupe. Avec Lulu, Charlie est alors l’animateur vedette du très populaire Hit Machine sur M6, bientôt Charlie Nestor engage Yaya Minté.
D’autres rencontres importantes suivront. Imany, dont il fera la première partie en 2013, à l’Olympia et au Casino de Paris. Jain, Faada Freddy, Tiken Jah Fakoly , dont il assurera également les débuts des concerts. C’est maintenant au tour de Yaya Minté d’être en haut de l’affiche. Il y a quelques mois, sans aucune publicité, son concert au Café de la danse affichait complet.
Yaya Minté So (Modulor) 2026
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