
Malgré sa condamnation en appel à un an de prison ferme avec port d'un bracelet électronique pour détournement de fonds européens, Marine Le Pen a officialisé sa candidature à l’élection présidentielle. Sa condamnation n’est pas définitive puisqu’elle a annoncé se pourvoir en cassation, ce qui lui permet de lancer sa campagne sans bracelet électronique et en restant présumée innocente. Une stratégie qui n’est pas sans risque.
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C’était le scénario dont rêvaient ses soutiens et tout était prêt dans les cartons. Quelques minutes après son annonce de candidature sur TF1, les équipes de Marine Le Pen ont déployé une campagne de communication rodée : un site internet pour récolter des dons et un slogan : « La RENAISSANCE ».
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Le narratif est déjà écrit : celui de « l’insubmersible » Marine Le Pen, comme l’imaginait déjà un cadre de la campagne qui pensait tisser un récit sur « celle qui survit à tout, dans le privé comme dans le public » .
Ce proche de la désormais quadruple candidate a en mémoire une série d’épreuves surmontées : l’attentat contre son père dans sa jeunesse, deux défaites à la présidentielle, un débat catastrophique en 2017, les revirements sur l’euro et l’Europe ou encore ses relations controversées avec Vladimir Poutine et Viktor Orban .
Un pari judiciaire audacieux, mais risqué
À cela s’ajoutent désormais deux condamnations pénales. Des affaires qui n’ont pourtant pas entamé sa détermination, alors même qu’elle a longtemps réclamé la probité à un système qu’elle dénonce. La cour d’appel lui a ouvert une brèche qu’elle s’est empressée d’exploiter. En optant pour un recours suspensif devant la Cour de cassation, elle démarre donc sa campagne présumée innocente et sans bracelet.
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Ce répit n’est toutefois que temporaire. Le premier président de la Cour de cassation avait anticipé ce scénario et avait jugé possible une décision rendue en fin d’année, selon des délais accélérés. Si le pourvoi est rejeté, Marine Le Pen pourrait se voir imposer le bracelet électronique dans les dernières semaines cruciales de la campagne.
Les juges oseront-ils perturber le processus démocratique en pleine période électorale ? Reporteront-ils la décision après le second tour ? La candidate du RN compte-t-elle jouer les délais entre l’arrêt de la Cour de cassation et la convocation chez le juge d’application des peines ? Si elle remportait l’élection, l’immunité présidentielle la protégerait. C’est là toute l’audace du pari lancé par Marine Le Pen.
Des conséquences politiques évidentes
Cette candidature coûte que coûte offre aussi à ses adversaires de nombreuses munitions. Dès le soir de l’annonce, Édouard Philippe a rappelé que Marine Le Pen réclamait autrefois « l’inéligibilité à vie » pour les élus condamnés pour détournement, Gabriel Attal a insisté sur la « dimension morale d’une candidate doublement condamnée » quand, chez LR, le directeur de campagne du candidat Bruno Retailleau, Othman Nasrou, a lui accusé Marine Le Pen de « fragiliser les institutions » en se présentant.
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Et ça n’est que le bloc central. À gauche, le ton est encore plus virulent : Jean-Luc Mélenchon (LFI) a appelé à « chasser le RN » , le socialiste Boris Vallaud a directement qualifié Marine Le Pen de « délinquante » , tandis que le communiste Fabien Roussel jugeait « qu’avec une telle condamnation, [..] on ne pouvait se présenter devant les Français » .
Autant d’attaques auxquelles elle devra répondre dans les semaines à venir. Le souvenir de la campagne perturbée de François Fillon en 2017 reste dans tous les esprits.
Tensions internes et plan B écarté
Enfin, cette candidature crée des tensions en interne. Depuis l’annonce, le « Plan B » Jordan Bardella est écarté. Le jeune président du RN se préparait pourtant activement : meilleurs scores dans certains sondages, multiplication des rendez-vous médias, travail sur son image et une ligne plus à droite, plus libérale.
Des divergences étaient aussi apparues, notamment sur la réforme des retraites. Marine Le Pen a cependant tenu à apaiser les esprits : elle a réaffirmé vouloir faire de Jordan Bardella son Premier ministre. Un ticket qu’elle remet en scène dès son premier déplacement de candidate dans l’Ouest. Au tout début d’une campagne qui ne fait que commencer.
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