Angélique Kidjo et Fatoumata Diawara: des étoiles africaines brillent au festival Jazz à Vienne

Angélique Kidjo et Fatoumata Diawara: des étoiles africaines brillent au festival Jazz à Vienne

Elles ont une énergie folle, leur spectacle sont autant de démonstration de leur talent. Ainsi la Malienne Fatoumata Diawara et la Béninoise Angélique Kidjo se sont produites le 6 juillet au festival Jazz à Vienne, lors de la 45e édition qui se déroule du 25 juin au 11 juillet dans la ville iséroise. Une édition marquée aussi par l’anniversaire de la naissance de Miles Davis avec qui le festival avait un lien particulier.

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Une robe en tulle blanche vaporeuse, un corset noir et une coiffe blanche habillent la haute silhouette de Fatoumata Diawara en ce soir de juillet quand elle entre sur scène, accompagné de quatre musiciens. Il est 20h30 et la chaleur est encore étouffante dans le Théâtre antique de Vienne qui accueille ce soir un peu plus de 7000 spectateurs munis de chapeaux, d’éventails et de quelques coussins pour rendre un peu plus confortables les beaux gradins en pierre qui datent d’environ 2000 ans.

La lumière est particulière à cette heure, le soleil baissant doucement sa garde sur les montagnes avoisinantes. L’heure semble propice à une musique de l’entre deux : des riffs de guitare balancés par Fatoumata elle-même et des sonorités africaines portées par des textes en bambara que peu de spectateurs peuvent comprendre. « Ça fait partie du mystère. Je vis avec une spiritualité assez forte, et si les gens ne comprennent pas la langue, ça m’arrange car ça me permet d’être dans la même dimension qu’eux. Du coup, ils vont rêver, ils vont imaginer ; moi physiquement, je leur fais comprendre. Ils sont obligés de décoder ce que je leur dis à travers les chansons. On se fait confiance, tout est basé sur la confiance. » confie la chanteuse quelques heures avant le concert. Et le public est enthousiaste !  Elle prend tout de même le temps d’expliquer en français un certain nombre de thématiques qu’elle aborde, notamment dans son dernier album Massa .

Il est question de la famille – elle rend d’ailleurs hommage à son père dans le spectacle « Il a eut quatre épouses et 27 enfants. Il a vite compris que j’étais différente, hypersensible ». Car Fatoumata chante les douleurs, qu’elles lui soient personnelles ou pas, et les exorcisent sur scène. « J’ai toujours chanté pour une cause…Il y a des gens qui naissent, ils veulent être chanteurs. Moi ça a été une nécessité. Je suis obligée. J’ai toujours exposé ma vie comme ça, sur scène. A l’âge de 17 ans, je me suis enfuie de la cour familiale au Mali . Cela n’était jamais arrivé dans ma famille. (…) j’ai tenu tête à tout le monde. Je leur ai dit que je voulais suivre ma propre route. Si tu prends ce chemin, quand tu montes sur scène, tu es obligée de dire qui tu es. »

Elle peut évoquer aussi le handicap, elle qui s’occupe d’une association qui vient en aide aux enfants handicapés. Ou encore du mariage forcé auquel elle a échappé, etc. Le chant, la danse, le costume de scène si important à ses yeux, l’interaction avec le public et l’énergie puissante qu’elle dégage la mène sur un chemin personnel qui rassemble. « Je suis en train d’écrire mon histoire » conclue t’elle.

La connexion avec l’artiste qui vient en deuxième partie de soirée est évidente. La « maman » Angélique Kidjo comme la surnomme Fatoumata est sans doute un exemple de ténacité, d’engagement, de lutte pour la cause des femmes, pour l’Afrique.

L’artiste béninoise multiplie les projets, les collaborations. Son répertoire est multiple, divers, varié, autant ouvert aux artistes internationaux comme sur son dernier album Hope !! avec l’Américain Pharrell Williams, qu’à sa fameuse reprise de la chanson de Miriam Makeba « Malaika ». La chanteuse mélange allègrement le jazz, le funk, les sonorités africaines ou la salsa. Ses musiciens sont sur la même longueur d’onde : les Martiniquais Thierry Vaton au clavier et Rody Cereyon à la basse, le Guadeloupéen Gregory Louis et le percussionniste David Donatien.

Ce soir, elle débute le show dans une robe longue pailleté rose. Un petit air de Joséphine Baker peut être... Ses pas de danse endiablée la font scintiller et virevolter. Pour son sixième passage au festival Jazz à Vienne, la diva béninoise tient à marquer les esprits.

Elle interprète avec force « I’m on Fire » extrait du dernier album, tout comme « You Can », une chanson écrite en réponse à une réflexion de sa propre fille sur l’état du monde que les plus âgés vont laisser aux plus jeunes. Le concert se termine sur un duo entre les deux artistes, « Mama Africa », de Miriam Makeba encore une fois, un titre rassembleur, un symbole de partage et un hymne à l’Afrique chantées par deux étoiles de la musique africaine, Angélique Kidjo et Fatoumata Diawara.

Trois questions à Guillaume Anger, directeur artistique du festival Jazz à Vienne

RFI Musique : Qu’est-ce qui caractérise ce festival d’après vous ?

Guillaume Anger : C’est d’abord un public de mélomanes attentifs à la qualité de la musique sur scène. Un public formé avec les plus grands musiciens de jazz depuis le début du festival en 1981. Un public qui a de grosses attentes. C’est aussi un festival avec beaucoup d’exclusivités, des programmations qu’on ne trouve pas forcément ailleurs, dans d’autres festivals. Et qui continue l’histoire du jazz dans toute sa diversité aujourd’hui. Le jazz, on en garde la ligne artistique même si on l’ouvre aux musiques voisines. Je cherche à ce que dans la programmation il y ait une vraie diversité dans les soirées, On a 15 soirées au Théâtre antique. L’idée c’est que le public puisse se retrouver au moins dans une de ces soirées.

C’étaient les 100 ans de la naissance de Miles Davis. Qu’avez-vous fait pour la commémorer ?

C’était un des thèmes principaux de cette édition. Miles Davis est venu quatre fois au festival dont la dernière en 1991 quelques mois avant son décès, c’était un de ses derniers concerts en Europe. Il a marqué l’histoire du festival. On a voulu construire un parcours. On avait beaucoup d’évènements autour de ça, dont la soirée du 4 juillet menée par Marcus Miller avec trois autres membres historiques des musiciens de Miles Davis [Mike Stern, Mino Cinelu et Bill Evans, NDLR] avec en ouverture, Terence Blanchard et Ravi Coltrane (double hommage à Miles Davis et Coltrane) mais aussi une exposition qui a un gros succès au musée Saint Pierre ; on avait aussi le 5 juillet un « Symphonique » projet Jazz on the Water dirigé par Mederic Colignon qui s’est produit sur la scène de Cybele et qui a été un grand moment. Une vraie édition autour de Miles.

Qu’est ce qui fait que les artistes reviennent jouer sur ce festival ?

C’est marrant de voir les artistes qui viennent pour la première fois, découvrir le Théâtre antique. Les artistes internationaux jouent dans le monde entier. Ils n’ont pas toujours conscience de là où ils vont jouer le lendemain. Ils sont toujours sur la route. Et quand ils arrivent sur le lieu du concert pour faire les balances, il y a toujours un petit effet de surprise, de voir l’ampleur du Théâtre antique.

Festival de Jazz à Vienne / Facebook / Instagram

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