Le 80e Festival d’Avignon affronte le Mal, invite la langue coréenne et défend la culture

Le 80e Festival d’Avignon affronte le Mal, invite la langue coréenne et défend la culture

« Le festival se bat pour que les artistes puissent poser librement des questions. » Pour cette édition anniversaire, Tiago Rodrigues, directeur du Festival d’Avignon, a programmé 47 spectacles. Ce samedi 4 juillet, Julien Gosselin, l’actuel enfant terrible du théâtre, ouvrira dans la Cour d’honneur du Palais des papes le plus grand rendez-vous du spectacle vivant avec « Maldoror », une pièce sur le Mal. En revanche, pour la première fois, une majorité des spectacles sera dirigée par des femmes.

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« Sous le drapeau des questions. » Dans son éditorial pour le 80e Festival d’Avignon, Tiago Rodrigues encourage les artistes et les spectateurs et spectatrices à penser les « questions poétiques et politiques, intimes et collectives, théâtrales ou chorégraphiques ». Autrement dit, le directeur du Festival est profondément convaincu que se poser ces questions artistiques permet de mieux affronter les incertitudes et les crises actuelles menaçant le théâtre, la société, le monde.

La fascination pour le Mal dans la vie et le théâtre

L’un des marqueurs de cette édition d’anniversaire sera l’omniprésence et la fascination pour le Mal dans de nombreux spectacles. Entre la peur et la survie, Rébecca Chaillon, metteuse en scène, autrice et performeuse d’origine martiniquaise, va investir une communauté marginalisée pour faire face au fascisme qui vient. Un avertissement pour tous les spectateurs et spectatrices concernant des récits de violences grossophobes, queerphobes, racistes, islamophobes, transphobes, sexistes et sexuelles laisse déjà deviner l’intensité de la pièce La Parabole du Seum . Déconseillé aux moins de 18 ans, Trilogia Cadela Força Capítulos I, II y III , de Carolina Bianchi, s’attaquera aux violences sexuelles et notamment la pédocriminalité, le tout sous des lumières stroboscopiques, des effets de fumée et du sang.

Jusqu'où ira Maldoror de Julien Gosselin ?

Mais c’est surtout Julien Gosselin, directeur du prestigieux Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris, qui annoncera la couleur avec Maldoror , pièce d’ouverture dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Le metteur en scène s’est inspiré du poète, romancier et nouvelliste chilien Roberto Bolaño (1953-2003) et du poète franco-uruguayen Lautréamont (1846-1870). Ce dernier avait notamment publié Les Chants de Maldoror , un poème énigmatique, écrit comme un collage, autour de Maldoror, personnage misanthrope, cruel et pervers. L’insistance de l’auteur d’affirmer des scènes de sadisme, d’homosexualité et de meurtre, avait jadis choqué le public. Quant à Gosselin, il restera fidèle à son goût pour des mises en scène mégalomanes, sans limites et violentes. Le metteur en scène transformera les écrits dans une allégorie sur les traces visibles et invisibles laissées par la dictature chilienne. Un spectacle total de cinq heures, promettant une fois de plus d’abattre les barrières entre la folie de la littérature, de l’image, du cinéma et du théâtre.

La langue coréenne nous parlera de l'histoire, de la culture et du futur

Le coréen sera cette année la langue invitée du Festival d’Avignon. Le concept a été lancé par Tiago Rodrigues lors de sa nomination, il y a trois ans, en tant que premier artiste étranger à prendre la tête du Festival. Une prise de risque réussie, car elle a permis d’une façon unique de libérer les spectacles des cages de la nationalité et d’inscrire les créations dans un univers culturel et sociétal, à la fois historique et porteur d’imaginaires et d’utopies. Jaha Koo présentera Cuckoo, un dialogue avec trois cuiseurs à riz, pour sortir de l’impasse des conséquences de l’impérialisme économique en Corée du Sud. Dans Muljil, de Jinyeob Lee, des actrices plongées dans des bassins remplis d’eau nous confronteront « à la vulnérabilité et à la frontière fragile entre la vie et la mort ».

L'esprit Jean Vilar

Avec 47 spectacles et plus de 300 rendez-vous, répartis dans 19 lieux et 14 communes, l’édition 2026 incarnera à sa façon l’esprit de ce festival, né il y a 80 ans de la volonté de Jean Vilar et du maire de l’époque d’inventer une « semaine d’art » ouverte à tous. Jusqu’au 25 juillet, tous les débats et tous les espoirs seront les bienvenus dans la capitale du théâtre.

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