Acid Arab: «Les voix féminines ont apporté une nouvelle couleur» à leur album «Résonance»

Acid Arab: «Les voix féminines ont apporté une nouvelle couleur» à leur album «Résonance»

Le collectif de musique électronique Acid Arab publie l’album Resonance , seize titres pour danser au son de musiciens et de chanteuses du Moyen-Orient. Rencontre avec deux des membres d’Acid Arab, Hervé Carvalho et Guido Minisky, qui rêvent encore de certaines contrées.

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RFI Musique : Ce quatrième album se distingue des précédents par la place des femmes. Pourquoi cette évolution ?

Hervé Carvalho : Ce n’est pas une volonté délibérée. Nous avons croisé des chanteuses incroyablement talentueuses — Yasmine Hamdan, Ghita Lahmamssi, Rita L'Oujdia… Leur présence s’est imposée. Historiquement, nos invités étaient souvent des hommes, car notre réseau venait surtout de la diaspora algérienne, très masculine. Ici, les voix féminines ont apporté une nouvelle couleur, presque sans qu’on s’en rende compte.

Guido Minisky : L’ADN du projet Acid Arab, c’est la rencontre. Nous, producteurs électroniques européens, et eux, musiciens ou chanteurs du Maghreb ou du Moyen-Orient. Nous ne forçons pas la fusion, nous instaurons un dialogue.

Justement, ce dialogue passe par des enregistrements à distance (Syrie, Maroc, Algérie, Turquie…). Comment gérez-vous cette dispersion géographique ?

H.C. : Cela dépend des morceaux. Certains chanteurs viennent dans notre studio parisien — comme Sofiane Saïdi ou Ghizlane Melih. D’autres, comme Wael Alkak, enregistrent une partie en Syrie ou à Berlin. Yasmine Hamdan, elle, a posé sa voix en Turquie. On s’adapte. Kenzi Bourras, notre complice, connaît énormément de musiciens de la diaspora. Il gère souvent les maquettes, et on affine ensemble. Pas de stratégie, juste l’instinct.

Vos textes, souvent en arabe, abordent des thèmes variés. Comment les rendre accessibles à un public francophone ?

H.C. : Les paroles parlent d’espoir, de résistance, ou de sujets plus légers, improvisés au dernier moment. Wael Alkaq, par exemple, évoque la Syrie avec un regard transformé par l’actualité. Yasmine Hamdan , elle, offre une réflexion philosophique et politique, mais toujours porteuse d’espoir. On ne veut pas déflorer leurs messages — c’est leur voix, leur histoire. Notre rôle, c’est de créer un espace où ces récits résonnent, même sans traduction. La musique, elle, est universelle : elle happe par le rythme, la danse, et invite à une écoute progressive.

Vous évitez les samples ou le mélange électro et de sons acoustiques. Pourquoi ?

G.M. : Le sample, on l’a testé au début, mais ce n’est pas notre tasse de thé, ce n’est pas une aide à la création, mais plutôt un piège. On préfère construire nos morceaux de A à Z, avec des musiciens ou des chanteurs en chair et en os. Quant à la fusion électro-acoustique, elle nous fait peur : on risquerait de tomber dans le cliché « tapisserie musicale » exotisante ou lounge . Notre équilibre, c’est de garder une radicalité et de faire dialoguer les cultures sans les édulcorer. L’électronique reste notre terrain, et les voix ou instruments orientaux y trouvent leur place, sans concession.

Vous a-t-on parfois accusé de réappropriation musicale ?

H.C. : Rarement, mais la meilleure façon de trancher, c’est de demander aux artistes avec lesquels nous collaborons. Nous ne nous improvisons pas musiciens du Moyen-Orient, chacun est à sa place, chacun touche des droits d’auteur.

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Est-ce que la géopolitique impacte vos tournées ?

G.M. : Parfois, une date à Abu Dhabi ou au Liban a été annulée… Nous sommes souvent présentés comme un collectif franco-algérien puisque Kenzi Bourras fait partie d’Acid Arab. L’ Algérie est notre inspiration majeure, et pourtant, nous n’y avons jamais joué ! Les tensions franco-algériennes bloquent tout. Pour la Syrie, une date est en discussion. Ce serait un symbole fort : Wael Alkaq y joue parfois. On voit Damas se reconstruire, une vie culturelle renaître… Mais logistiquement, c’est un casse-tête : on est six sur scène, avec du matériel. Et il y a le frein financier. Nous avons tourné dans 54 pays, mais la Syrie, l’Algérie ou l’Irak sont nos rêves absolus.

Votre son change selon les formats (disque, concert, DJ set). Comment les différenciez-vous ?

H.C. : Le disque, c’est l’album avec ses nuances. Le live, c’est plus dynamique, plus rapide. Nous avons désormais tellement de titres que nous allons réaliser des mash-ups [collages sonores, NDLR] inspirés de Daft Punk . Le DJ set, c’est une autre histoire : on y glisse des morceaux d’autres artistes qui partagent notre univers. Trois propositions distinctes, mais une même essence : faire danser.

Vous avez composé la bande-son d’une exposition du photographe Hassan Hajjaj prévue cet automne à la Philharmonie de Paris. Un nouveau format ?

G.M. : Oui ! On connaissait son travail depuis nos débuts puisque nous avions visité son antre à Marrakech avant même la création d’Acid Arab. C’est une autre façon d’envisager notre projet : accompagner un visiteur, et non faire danser. L’univers d’Hassan Hajjaj — marocain et londonien, nourri de soundclash , de musique brésilienne ou de dancehall — nous a inspiré une musique plus contemplative, moins festive. Il a signé la pochette de la cassette et du vinyle de cette bande-son. On est ravis !

Acid Arab Resonance (All Night Long) 2026.

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