Thaïlande: un mégaprojet de «pont terrestre» pour court-circuiter le détroit de Malacca suscite la colère

Thaïlande: un mégaprojet de «pont terrestre» pour court-circuiter le détroit de Malacca suscite la colère

La crise autour du détroit d’Ormuz a donné un nouvel argument au gouvernement thaïlandais pour relancer un projet de longue date : celui d'un pont terrestre reliant la mer d’Andaman au golfe de Thaïlande, destiné à éviter le détroit de Malacca. Ce mégaprojet à plus de 30 milliards d’euros ravive la colère dans le sud du royaume, où les habitants craignent de voir leurs moyens de subsistance disparaître.

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Avec notre correspondant à Bangkok, Valentin Cebron

Installés sous des bâches, devant les bureaux du Premier ministre et de son cabinet, des habitants du sud de la Thaïlande campent depuis le 22 juin pour faire entendre leur opposition au « Land Bridge », ce mégaprojet de corridor logistique relancé par le gouvernement.

Assise devant une banderole « Non au Land Bridge », Thom vient de Ranong, sur la mer d’Andaman. C’est là que serait construit l’un des deux ports en eau profonde du projet, relié par route et par rail à Chumphon, de l’autre côté de la péninsule, sur le golfe de Thaïlande. « Même si nous venons nous opposer à ce projet, nous ne sommes pas de taille face à eux , avoue-t-elle. Mais je veux le dire tout haut : les habitants de Ranong ne veulent ni du Land Bridge, ni de la loi sur le corridor économique. »

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« Les pêcheurs ne pourront plus vivre de leur travail »

Comme les autres manifestants, cette dame de 67 ans redoute les conséquences d’un tel projet : dépossession foncière, destruction des zones de pêche , dégradation de l’environnement, et des bénéfices captés par de grands investisseurs plutôt que par les communautés locales.

« Les pêcheurs ne pourront plus vivre de leur travail. Les plus touchés seront les déplacés, les personnes sans carte d’identité, et les Moken . Où iront-ils ? C’est pour cela que nous campons ici. » Sédentarisés il y a plusieurs générations, les Moken ne vivent que de la pêche de poissons, crabes et crevettes. Ils gagnent au mieux 7 000 bahts par mois (185 euros).

Le gouvernement, lui, n’a pas encore tranché. Il attend une étude finale sur la viabilité du mégaprojet, qui doit être remise au Premier ministre en août. Des projets similaires sont évoqués depuis près de vingt ans par les autorités. Et la Thaïlande n’est pas seule sur le créneau. La Malaisie mise sur un projet terrestre similaire pour 2027 et Singapour doit étendre son port d’ici à 2040.

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