
Cela fait tout juste une semaine que le Venezuela a été ébranlé par deux violents séismes de magnitude 7,2 et 7,5, survenus le 24 juin 2026. Près de 2 000 morts, quelque 58 870 bâtiments endommagés ou détruits, des dizaines de milliers de disparus : à Caraballeda, dans l’État de La Guaira, les familles déblaient les ruines pour retrouver leurs proches. À leurs côtés, plus de 2 000 secouristes venus de 27 pays se relaient sans relâche. Leur tâche est désormais consacrée davantage à l’extraction des corps qu’à la recherche de survivants.
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Avec nos envoyés spéciaux à Caraballeda, Melissa Barra et Jad El Khoury
Au pied d’un immeuble entièrement effondré, Juan Rodriguez aborde un groupe de secouristes étrangers. Il ne parle pas leur langue, mais tente malgré tout de se faire comprendre : il veut savoir où se trouve leur campement, pour pouvoir les prévenir lorsqu’il aura retrouvé les restes de sa sœur, Dayana. « Elle vivait au sixième étage de cet immeuble », explique‑t‑il. Dix victimes ont déjà été sorties des décombres, « il ne reste plus qu’elle », souffle‑t‑il.
« C’est nous, les familles , dit Juan, qui effectuons les recherches par nous mêmes ». « Dès qu’on repère quelqu’un, on le sort pratiquement à mains nues. Mais quand ça devient trop complexe, on a besoin d’aide. On fait appel aux autres professionnels. J’ai emprunté trois pelleteuses. »
À quelques rues de là, même détresse. Valeria, une jeune femme de Caracas, supplie à son tour les sauveteurs de l'aider. Depuis des jours, elle distingue le corps de son père au milieu des décombres ; il avait emménagé dans cette ville balnéaire deux jours avant les séismes. « Je veux l'enterrer dignement. Pour cela, il faut récupérer ce qu'on peut. Je sais que mon père n'est plus parmi nous, mais je ne peux pas le laisser là ».
Valeria énumère le matériel qu’elle a acheté : groupe électrogène, pelles, pioches, meuleuse, disques de coupe… Elle n’a pas besoin « d’une escadrille », assure‑t‑elle : « trois ou quatre personnes suffiraient, ça ne prendrait pas plus d’une demi‑journée ».
« Le but du jeu, c'est de sortir du vivant »
Depuis sept jours, des équipes de secouristes venues du monde entier se relaient sans relâche. Selon le coordinateur de l'ONU au Venezuela, Gianluca Rampolla Del Tindaro, 27 pays ont envoyé une quarantaine d'équipes de secours, soit « plus de 2000 ». Mais les opérations de sauvetage ont progressivement laissé place à une douloureuse tâche : extraire des cadavres plutôt que des survivants.
« Nous sommes en face d’un bâtiment de 22 étages qui s’est effondré complètement à plat », explique Christophe Moreau, président de l’ONG française Solife, qui intervient sur ce secteur. Les étages, détaille‑t‑il, « sont comprimés les uns contre les autres, sans poche de survie », ce qui laisse « très peu de chances de retrouver des gens vivants ».
Au Venezuela, les secouristes confrontés à une course contre la montre
À l'aide d'un marteau piqueur, les secouristes tentent d'extraire le corps d'une victime dont le bras et l'épaule sont coincés sous un bloc de béton. La manœuvre est dangereuse pour les sauveteurs. « La pelle sécurise le bloc qui pourrait tomber sur les secouristes », précise Laurent, secouriste bénévole. « Nous avons aussi un système de sifflets : trois coups rapides signifient l'évacuation immédiate de la zone, dès qu'un mouvement est détecté ou en cas de réplique ».
Aéroports endommagés, vols annulés, routes impraticables : tout ça a retardé leur intervention. « On a fait beaucoup de kilomètres. On avait envie de travailler, on avait envie de faire. On a envie de donner à la population mais on est là pour très peu de temps. Le but du jeu, c'est de sortir du vivant ».
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Une fois l'extraction terminée, les médecins légistes vénézuéliens emportent le corps. Mais l’opération suivante apporte une lueur d’espoir : un « C » - peint à la bombe sur la façade - indique qu’il pourrait y avoir des survivants. « La survie des gens bloqués sous les décombres dépend de plusieurs facteurs » indique Sebastian Mocarquer, coordinateur de l'équipe des secouristes de l'ONU à La Guaira à Paula Estaniol de la rédaction en espagnol de RFI.
Nous gardons espoir parce que ces dernières heures, nous avons détecté quelques signes de vie.
Nous gardons espoir parce que ces dernières heures, nous avons détecté quelques signes de vie.
Sebastian Mocarquer, coordinateur de l'équipe des secouristes de l'ONU
Depuis le double séisme, 6 461 personnes ont été secourues d'après le président de l'Assemblée nationale vénézuélienne, Jorge Rodriguez mais selon l'ONU, 50 000 personnes restent portées disparues. À ce rythme, localiser puis extraire toutes les victimes prendra encore plusieurs semaines.
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