
Sur les plaques de la rue parisienne qui lui est dédiée, il est écrit : « Héros de la guerre d'indépendance américaine de 1777 à 1782 ». Malgré sa longue carrière politique en France, des deux côtés de l'Atlantique, le marquis de La Fayette incarne surtout les origines de l'amitié entre Paris et Washington, aujourd'hui malmenée.
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De lui, Charles X disait : « Il n'y a que deux hommes qui n'ont pas changé d'idées depuis 1789, Lafayette et moi. » Le compliment était d'autant plus sincère que le vieux roi nostalgique de l'Ancien Régime l'adressait à un « républicain de cœur » finalement rangé à une tout autre vision de la monarchie, constitutionnelle et parlementaire, ou pour le dire autrement, en chemin vers la démocratie.
Si La Fayette fut constant, il eut aussi deux vies. L'une d'elles, en France, en fit l'une des premières figures de proue de la Révolution, quand lui fut confié le commandement de la Garde nationale. Ce succès fut néanmoins de courte durée et il dut quitter la France pour la Hollande en 1792 où son anti-jacobinisme l'aurait rapidement mené à l'échafaud.
Trop tiède pour la Convention qui vient de renverser la monarchie en France, il est perçu à l'étranger comme un républicain et croupit dans un cachot pendant cinq ans. Il rentre en France en 1799, détestant Napoléon Bonaparte qui le lui rend bien, voyant en lui un « niais [...] nullement taillé pour le haut rôle qu'il avait voulu jouer ».
La Restauration le voit revenir en politique. Député, il siège à l'extrême gauche d'une Chambre profondément conservatrice. Mais c'est la révolution de 1830 qui le propulse de nouveau éphémèrement au-devant de la vie politique. De nouveau chargé de la Garde nationale, il joue un rôle majeur dans l'accès au pouvoir du roi Louis-Philippe, lequel le déçoit assez vite. Il apporte son soutien à la révolution polonaise et meurt en 1834. Voilà pour son parcours français.
Le héros des deux mondes pendant la guerre d'indépendance
Sa vie américaine raconte une autre histoire, même si c'est elle qui le propulse rapidement au-devant de la scène politique française et lui assure une immense popularité des deux côtés de l'Atlantique. Elle commence sous l'Ancien Régime. Fils d'un officier mort à la guerre de Sept Ans, il s'engage comme volontaire auprès des insurgés américains. Il est blessé à la bataille de Brandywine en 1777, quelques jours après son vingtième anniversaire.
George Washington devient son deuxième père et décide de le garder dans son état-major. De retour en France, il joue de toute son influence pour convaincre la France, encore sous le coup de sa précédente défaite et de la perte du Québec, de s'engager pleinement contre la puissance coloniale britannique. Il repart en 1780 sur L'Hermione afin d'annoncer l'arrivée d'un corps expéditionnaire sous les ordres du général de Rochambeau.
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Les Britanniques sont défaits sur terre et sur mer. « Héros des deux mondes », une formule qui sera reprise près d'un siècle plus tard pour évoquer le rôle du patriote italien Giuseppe Garibaldi dans l'indépendance de l'Uruguay, La Fayette est nommé maréchal de camp en France et citoyen d'honneur de plusieurs villes états-uniennes en 1784. La même année, il s'engage pour l'affranchissement de l'espion africain-américain James, qu'il obtient trois ans plus tard.
Un anti-esclavagiste acharné
La lutte contre l'esclavage est son nouveau flambeau. Ami de Condorcet, il insiste sans succès auprès de Washington pour que les États-Unis s'engagent sur la voie de son abolition. Benjamin Franklin lui fait part de ses avancées dans son combat contre « ce commerce si honteux pour l'espèce humaine » en Pennsylvanie.
Depuis 1785, La Fayette est lui-même à la tête de deux plantations en Guyane, La Belle Gabrielle et Saint Régis, où il mène une politique d'affranchissement progressive. Sur ses terres, les châtiments corporels sont interdits, les esclaves reçoivent un salaire et une éducation. Son rôle dans la Révolution française puis son exil l'empêchent de mener cette expérience à son terme.
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Après l'abolition de la traite en 1815, La Fayette combat les trafics, s'intéresse au sort d'Haïti et du Liberia, créé en 1822 par l' American Colonization Society afin de permettre un retour des anciens esclaves vers le continent africain. Son but affiché est l'abolition en France comme aux États-Unis, où il devient membre d'honneur de la Société pour l’affranchissement des Noirs, lors de son voyage triomphal en 1824-1825.
Dernier voyage et postérité
Au début de ce périple, il est accompagné par son amie, l'abolitionniste écossaise Frances Wright, qui créera bientôt une communauté multiraciale à Nashoba dans le Tennessee. Partout, il manifeste son soutien aux communautés noires et amérindiennes. Parmi les nombreux enfants qui accueillent ses visites, se trouve le futur poète Walt Whitman, alors âgé de six ans.
Cette odyssée dure treize mois, l'amenant à découvrir des réalités très diverses, de Portland à La Nouvelle-Orléans, en passant par le sud profond de Savannah ou Saint-Louis, capitale du nouvel État du Missouri et dernier port sur le Mississippi, bientôt le deuxième du pays après New York.
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Son nom réapparaît lors de l'intervention états-unienne dans la Grande Guerre en 1917. Le 4 juillet de cette année-là, une commémoration est organisée sur sa tombe en hommage à l'amitié renouvelée entre les deux pays. Est-ce durant le discours du général John J. Pershing que fut prononcée cette phrase restée célèbre : « La Fayette, nous voilà » ?
À défaut d'enregistrement, nous ne le saurons jamais, même si sa paternité semble plutôt à attribuer à un autre membre de l'état-major, voire au journaliste du Petit Parisien qui l'a mentionnée. Il reste que son nom avait déjà été donné à une escadrille de volontaires en 1916. Sur les 38 pilotes états-uniens qui la composaient, dix mourront au combat.
► À voir jusqu'au 14 juillet 2026, aux Archives nationales à Paris, l'exposition « La Fayette, entre France et Amérique. Entre histoire et légende »
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