
Alors que le Montreux Jazz Festival s'apprête à ouvrir sa 60e édition sur les rives du lac Léman, retour sur l'un des concerts les plus marquants de son histoire. Le 3 juillet 1976, Nina Simone avance comme une funambule entre fragilité, fulgurances et abandon, offrant l'une des performances les plus bouleversantes de sa carrière.
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Depuis sa création, le festival suisse a accueilli quelques-unes des plus grandes figures de l'histoire de la musique : Ella Fitzgerald, Miles Davis, David Bowie, Prince ou encore Nina Simone. Entre 1968 et 1990, la chanteuse et pianiste américaine s'y produit à cinq reprises. Mais s'il ne fallait retenir qu'un seul de ces concerts, ce serait probablement celui du 3 juillet 1976.
Cette année-là, Nina Simone traverse une période difficile. Sa carrière est au ralenti, ses finances sont au plus bas et son arrivée à Montreux est motivée autant par la nécessité que par l'envie de remonter sur scène.
Dès les premières minutes, Nina Simone annonce la couleur : elle n'est pas là pour « faire le clown ». Vulnérable et magnétique, elle avance comme une funambule. À certains moments, elle semble chercher son équilibre ; dès qu'elle retrouve son piano, tout redevient naturel. Le concert est imprévisible, parfois inconfortable, mais d'une sincérité bouleversante, tant Nina Simone s'y met à nu comme rarement, sans concessions.
Entre deux classiques comme « Little Girl Blue » et « Backlash Blues », elle évoque les années passées au Liberia , parle d'un amour perdu nommé Imoja et confie au public de Montreux qu'elle admire autant qu'elle redoute, sa tranquillité.
Puis vient « Stars », la chanson de l’Américaine Janis Ian, qui deviendra le moment le plus célèbre de la soirée. Lorsqu'une spectatrice tente de quitter la salle, Nina Simone interrompt son interprétation pour lui ordonner de se rasseoir.
Comme si les mots lui manquaient désormais pour raconter ce qu'elle traverse, elle enchaîne avec « Feelings ». Le succès planétaire du chanteur brésilien Morris Albert, souvent considéré comme une ballade sentimentale un peu sirupeuse, devient entre ses mains un saisissant moment de vérité.
Peut-être est-ce cela qui continue de bouleverser, cinquante ans plus tard : l'impression d'assister, non pas à un concert parfaitement maîtrisé, mais à une artiste qui accepte, le temps d'une soirée, de marcher sur un fil sans jamais chercher à dissimuler ses fêlures.
Nina Simone Live at Montreux 1976 (Montreux Sounds / Eagle Rock / Edel) 2011
Retrouvez L'histoire d'un live dans BPM - Bonnes Pulsations du Monde le vendredi à 15h10 TU et le dimanche à 14h10 TU sur RFI.
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