
En Inde, le gouvernement passe à la vitesse supérieure pour imposer la voiture électrique. Pour nettoyer l'air de ses mégapoles, New Delhi propose désormais une aide massive allant jusqu'à 1 000 euros pour les acheteurs qui acceptent de sauter le pas. Une révolution verte sur un marché pourtant encore très dépendant des énergies fossiles.
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Avec notre correspondant à New Delhi, Abdoollah Earally
Ce qu’il faut d’abord comprendre, c'est que cette prime voiture verte de 100 000 roupies – soit l'équivalent de 1 000 euros – est une initiative locale. Elle vient d'être activée par le gouvernement de la ville-province de New Delhi, dans le cadre de son plan quinquennal « Delhi EV Policy ».
Très concrètement, il s'agit d'une prime à la casse. Pour toucher ce chèque de 1 000 euros, un habitant de la capitale doit envoyer à la ferraille son vieux véhicule thermique polluant et acheter en concession une voiture électrique neuve. Au niveau national, le gouvernement fédéral indien complète ce dispositif en sabrant massivement la fiscalité. La TVA sur l'électrique est tombée à seulement 5%, contre 28% pour les modèles à essence.
La principale raison pour laquelle le pouvoir politique met un coup d'accélérateur sur les véhicules électriques est l'urgence respiratoire. New Delhi détient régulièrement le triste record de la capitale la plus polluée de la planète. En hiver, la métropole est asphyxiée par un brouillard toxique permanent, et les gaz d'échappement en sont les premiers responsables. Il faut donc forcer le destin.
Une transition qui passe par les deux roues
Comment cette transition se traduit-elle au quotidien ? En Inde , la transition électrique ne se fait pas sur quatre roues, mais sur deux et trois roues. L'immense majorité des subventions nationales du nouveau plan « PM E-DRIVE » cible les millions de scooters électriques et les célèbres tuk-tuks, ces rickshaws à trois roues qui s'arment de batteries. Ce sont eux les vrais moteurs du changement, car ils saturent les villes. La voiture électrique individuelle, elle, reste pour l'instant un produit de luxe réservé à la classe moyenne supérieure urbaine.
Cependant, il y a deux obstacles majeurs sur le terrain pour que cette transition vers le tout-électrique réussisse : l'infrastructure de recharge et la nature même de l'électricité. Du côté du réseau, trouver une borne rapide relève du parcours du combattant dès que l'on s'éloigne des grands axes des métropoles. De plus, le réseau électrique national est déjà fragile et subit des coupures chroniques, notamment lors des vagues de chaleur estivales à plus de 45 degrés.
Ensuite, il y a un immense paradoxe écologique. L'Inde produit encore près de 70% de son électricité grâce au charbon. Rouler en véhicule électrique aujourd'hui à Delhi, c'est une excellente chose pour les poumons des citadins, mais cela revient techniquement à déplacer la pollution de l'échappement vers les cheminées des centrales électriques thermiques de la région. C'est tout le défi de l'Inde : elle doit verdir son parc automobile en même temps qu'elle transforme son modèle énergétique.
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