
Au Mali, l’émission « Allô Kledu », diffusée tous les jours sur Radio Kledu, est suspendue pour deux mois. Cette décision de la Haute autorité de la communication (HAC) a été annoncée mercredi. Elle fait suite aux propos critiques tenus par les auditeurs sur la gestion du pays, ce que les autorités de transition ne tolèrent pas. Malick Konaté, célèbre journaliste malien contraint à l’exil depuis près de quatre ans, dénonce le musellement des voix critiques et estime que cette décision montre la fébrilité du régime en place.
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« Allô Kledu » est une émission de libre-antenne très écoutée au Mali . Les auditeurs y expriment leur avis sur tous les sujets. Ces derniers mois, on a pu y entendre des critiques très vives sur la gestion du pays par les autorités de transition. Dans sa décision, que RFI a pu consulter, la Haute autorité de la communication (HAC) pointe notamment des prises de parole dénonçant la stratégie sécuritaire des autorités de transition, susceptibles d’ « alimenter la défiance envers les institutions publiques ». Ce que le régime militaire en place ne tolère pas. La HAC reproche à l’animateur de ne pas suffisamment « recadrer » les auditeurs.
Cette suspension illustre une nouvelle fois les graves limites imposées aux libertés d’opinion et d’expression dans le pays, deux semaines après l’emprisonnement des journalistes Chahana Takiou et Abdrahamane Keita.
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Expression du ras-le-bol
Malick Konaté est un célèbre journaliste malien. Contraint à l’exil depuis près de quatre ans, il est devenu un opposant du régime en place. « C’est une façon pour eux (pour les autorités de transition, NDLR) de fermer toutes les voix dissidentes du pays, estime-t-il. Avant, ils affirmaient que le peuple était avec eux, acquis à leur cause, aujourd’hui c’est tout le contraire. »
« L’émission "Allô Kledu" est une émission populaire au Mali, dans laquelle les Maliens donnent leur avis, décrit le journaliste en exil. Aujourd’hui, les Maliens critiquent, ils appellent pour montrer leur ras-le-bol par rapport à la situation, ils dénoncent la gestion chaotique de la junte, donc suspendre l’émission « Allô Kledu », c’est pour suspendre les voix dissidentes. »
« Le peuple voit la réalité aujourd’hui, et le peuple a décidé de prendre la parole et de s’exprimer, estime encore Malick Konaté. Mais la junte a décidé de fermer cette voix. Et ça n’a pas commencé avec Radio Kedu, il y a eu d’autres radios et d’autres télés. Beaucoup de journalistes ont été interpellés parce que, tout simplement, ils avaient tendu leur micro à des citoyens lors de micros-trottoirs, dans les quartiers. Aujourd’hui, le pouvoir de Bamako est fébrile. »
Traitement patriotique de l’information
Dans un communiqué publié jeudi 25 juin, l’association Reporters sans frontières estime qu’ « en près de six ans de transition, le régime d’Assimi Goïta a profondément dégradé les conditions d’exercice de la presse, en instrumentalisant la justice contre les médias ».
« Les pressions sont devenues multiformes sur les journalistes », poursuit RSF, qui déplore que « les autorités maliennes ont, de plus, mis les bouchées doubles pour promouvoir un traitement patriotique de l’information ». Pour rappel, plusieurs médias internationaux (dont RFI, NDLR) et nationaux ont été coupés au Mali depuis le coup d’État militaire d’août 2020 .
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