
Dans Chance , chaque scène semble avoir été conçue pour nous faire rire. Cela dit, Pooya Afzali, né en 1983, qui réalise des films depuis une vingtaine d’années, est venu de l’Iran au Festival international du film d’animation d’Annecy. On pouvait donc s’attendre à ce que la « chance » y soit traitée d’une façon très particulière. En effet, son court métrage, plein de rebondissements, traite la mort de personnages historiques dont un hasard fatal a scellé leur destin. On retrouve l’auteur de tragédies grecques Eschyle, l’écrivain américain Tennessee Williams, Marcus Garvey, figure du mouvement des droits civiques des Noirs… et, à la fin, une grande surprise nous attend… » Entretien avec ce cinéaste-poète.
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RFI : Quel genre d'histoire a inspiré le titre de votre film ?
Pooya Afzali : J’ai voulu me lancer dans la réalisation de ce film après mon retour en Iran, l’année dernière, du Festival d’Annecy. J’ai appris que mon père avait un cancer, un cancer grave. Les médecins m’ont dit qu’il ne lui restait plus que six mois à vivre. Mon père était quelqu’un de très paisible et serein. Sa maladie était vraiment un défi pour moi. Je me suis demandé : pourquoi mon père devait-il mourir à cause de cette maladie ?
Cette question m’en a soulevé d’autres. Pourquoi et comment la mort des êtres humains survient-elle ? Avec toutes ces avancées, toute cette technologie, tous ces traitements que les êtres humains ont inventés par le passé, avec toute la philosophie, tous les poètes, j’en suis venu à la conclusion que rien d’autre que le « hasard » ne pouvait décrire la vie des êtres humains.
Dans le film, vous décrivez de nombreuses circonstances pouvant mener à la mort. Selon vous, la mort relève toujours du destin ?
C’est le destin de tout peuple, de toute personne. Mais la question est de savoir comment la mort va se produire. Sous quelle forme le hasard intervient-il dans la mort ?
Le film commence à l’époque de la Grèce antique. Pourquoi avez-vous choisi de faire débuter votre histoire du « hasard » à cette époque ?
Je voulais que les spectateurs de mon film s’amusent. J’ai fait des recherches sur des personnalités importantes décédées par « hasard ». J’ai mené des recherches pour trouver des décès « drôles » de personnalités importantes. Je voulais présenter ces faits sous un angle humoristique. Il était très important pour moi de trouver une personnalité iranienne importante qui soit morte de manière drôle, par « hasard ». Mais dans l’histoire de l’Iran, je n’ai trouvé personne qui soit mort par « hasard » [rires]. Alors que je faisais des recherches pour le début de mon film, je suis tombé sur Draco (625 à 600 av. J.-C.). Il fut le premier législateur d’Athènes dans la Grèce antique. J’ai pensé que ce serait un bon choix pour le début du film de prendre Draco, qui a élaboré et inventé la loi pour la société grecque.
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Comment est-il mort ?
Je ne veux pas dévoiler l’intrigue du film, c’est pourquoi je n’en parle que partiellement. Quand on fait des recherches sur Draco, on constate que les gens étaient ravis lorsqu’il prenait la parole. L’enthousiasme était tel qu’un jour, le public s’est mis à lui lancer tant de chapeaux et de vêtements qu’il s’est étouffé sous cette montagne de vêtements et est mort.
Dans chaque chapitre du film, vous avez utilisé un style musical différent, des éléments graphiques variés… Comment avez-vous choisi l’esthétique de votre film, avec de la 2D, des éléments découpés, du dessin sur papier… ?
Tout au long de l’histoire, j’ai voulu explorer différentes formes de comédie. Chaque épisode devait avoir sa propre forme, son propre caractère visuel. Il était également très important pour moi de montrer le potentiel de l’animation en Iran. Je voulais faire découvrir au monde entier ces personnes talentueuses et leurs compétences. J’ai donc opté pour le format 2D pour tous les épisodes. J’ai commencé à réunir six équipes différentes pour produire cette animation sous ma supervision. Ils étaient les directeurs artistiques, et j’étais le réalisateur du film.
Vous avez débuté votre carrière avec le court métrage Dracula à Téhéran . Quel genre de sang Dracula buvait-il dans votre film ?
Pour la projection de ce film en Iran, nous avons dû faire face à de nombreux problèmes et défis, en raison de certains malentendus. Mais dans notre film, Dracula ne buvait pas le sang des gens. Il se rendait à la banque du sang et utilisait du sang provenant de sources légales. Il n’attaquait pas les gens [rires].
En France et en Europe, tout le monde connaît Marjane Satrapi , qui s’est exilée en France. Mais qu’est-ce que cela fait d’être aujourd’hui un réalisateur de films d’animation non pas hors d’Iran, mais en Iran ?
Le plus gros problème en Iran pour les artistes de l’animation, c’est l’argent, car la situation financière du pays ne cesse de se détériorer. En raison de cette situation difficile, il est très compliqué pour les artistes de produire des films d’animation à titre privé, sans aucun soutien du gouvernement. C’est particulièrement vrai pour les artistes qui ne partagent pas l’idéologie du gouvernement et qui, parfois, s’y opposent. Pour nous, le plus dur est de boucler le financement de nos films. Nous avons réalisé ce film avec nos propres moyens. C’est pourquoi la plupart des animateurs iraniens choisissent d’émigrer d’Iran et de travailler dans d’autres pays.
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Dans votre film, on voit des exemples de « hasard » en Angleterre, aux États-Unis, en Grèce et dans d’autres régions du monde. Mais il n’y a aucun exemple en provenance d’Inde, de Chine, d’Afrique ou d’Iran. Pourquoi n’avez-vous pas inclus dans votre film des exemples provenant d’autres régions du monde ?
Ce n’est pas faute d’en avoir trouvé. Je suis tombé sur plusieurs décès accidentels, hautement improbables, mais j’ai choisi ceux dans lesquels le hasard jouait le rôle principal et qui offraient aussi le plus grand potentiel humoristique. Je vais vous donner un exemple : j’ai trouvé une personne originaire d’Asie de l’Est. Cette personne voulait embrasser la lune qui se reflétait dans l’eau. Mais alors qu'il essayait de le faire, il est tombé à l'eau et s'est noyé. À mon sens, ce n'était pas une mort due au hasard. C'était plutôt une question de bêtise. Mais, moi, je me concentrais sur la mort due au « hasard ».
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