
C'est un séisme social qui se prépare en Allemagne : d'après la presse locale, le géant de l'automobile Volkswagen s'apprêterait à supprimer 100 000 postes d'ici la fin de la décennie. Un plan social d'une ampleur inédite alors que le groupe allemand peine à résister à la concurrence chinoise.
Publié le :
Le géant allemand de l'automobile Volkswagen, qui a déjà annoncé en mars 50 000 suppressions d'emplois en Allemagne d'ici 2030, envisage d'en supprimer encore davantage, affirme vendredi 26 juin le journal allemand Manager Magazin , citant deux sources non identifiées.
Contacté par l'AFP, un porte-parole de Volkswagen a déclaré « ne pas commenter des documents internes et confidentiels », affirmant que « les instances compétentes devaient encore examiner et valider » ces questions et qu'« il ne voulait pas préjuger de ce processus ».
Le groupe Volkswagen, comme l'industrie automobile en général, traverse une période de transformation profonde, a-t-il déclaré. « Notre modèle économique actuel ne fonctionne plus, en l'état, pour toutes les marques : concevoir des voitures en Allemagne , les produire en Europe et les exporter dans le monde entier », a-t-il souligné.
Ce fleuron allemand est, comme toute l'industrie automobile européenne, en crise, frappé par l'envolée des coûts de l'énergie, une concurrence chinoise accrue, des difficultés à prendre le virage de l'électrique et les tensions commerciales avec les États-Unis .
À lire aussi Volkswagen propose d'investir aux États-Unis en échange d'une ristourne sur les droits de douane
Quatre usines menacées de fermeture en Allemagne
Volkswagen emploie actuellement 657 000 personnes à travers le monde. Si le conseil de surveillance devait valider les projets du PDG, cela reviendrait à réduire d'un coup de 15 % les effectifs, deux fois plus que ce qui avait été annoncé il y a quelques semaines.
L'Allemagne paierait le prix le plus cher avec quatre usines menacées de fermeture. Le principal syndicat du secteur, le puissant IG Metall, et les représentants des salariés ont déjà annoncé qu'ils lutteraient de toute leur force contre ce plan.
Mais même si ce chiffre devait finalement être revu à la baisse, il n'empêche que les difficultés de Volkswagen sont bien réelles. Au début d'année, le groupe qui comprend aussi Audi, Skoda, Porsche, Lamborghini et quelques autres a repris la première place sur le marché chinois.
Un sursaut en trompe-l'œil alors que les constructeurs chinois grignotent les parts de marché des géants de l'automobile, d'abord en Asie et désormais aussi en Europe, forts de l'avance prise par Pékin dans l'électrique. Volkswagen vend moins de véhicules et son patron est catégorique : le groupe doit donc réduire ses capacités de production.
Le maire d'Emden sous le choc
« La fermeture de l’usine serait une catastrophe pour notre ville. Dans les années 60, il n’y avait que des choux ici. Volkswagen nous a apporté la prospérité » : le maire d'Emden, près de la frontière avec les Pays-Bas, est sous le choc, rapporte notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut .
Ça n’est pas la première fois qu’une fermeture de l’usine Volkswagen – 8000 salariés pour 50 000 habitants – est évoquée ; la commune espérait qu’une telle hypothèse n’était plus d'actualité. Les informations de presse évoquent quatre sites qui pourraient fermer en Allemagne. Du jamais vu. Et 100 000 suppressions d’emplois au total dans le monde au lieu des 50 000 déjà prévues seraient à l’ordre du jour.
Comme à Emden, les réactions, ailleurs, sont très négatives. Le comité d’entreprise de Volkswagen et le syndicat IG Metall annoncent qu’ils feront tout pour empêcher de tels projets.
Le patron de la Basse-Saxe où se trouve le siège du constructeur automobile monte également sur les barricades. Le social-démocrate Olaf Lies affirme que sa région n’acceptera aucune fermeture d’usine. La Basse-Saxe détient 20 % du capital de l’entreprise et est représentée au conseil de surveillance comme les représentants des salariés. Cette instance doit se réunir le 9 juillet. Certains estiment que la direction évoquerait des mesures radicales pour satisfaire les actionnaires privés tout en sachant qu’elles ont peu de chances de se traduire dans les faits en raison de résistances trop importantes.
À lire aussi Allemagne: à Wolfsburg, les perspectives sombres pour Volkswagen inquiètent ses salariés
Newsletter Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail
Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI