
Après les Fabulous Trobadors, Claude Sicre a quitté sa ville de Toulouse mais a continué son exploration des cultures populaires, notamment occitanes, loin d'un folklore recroquevillé sur lui-même. Il sort ces jours-ci un album intitulé Ingénieur en folklore depuis 1978.
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En 1992, le duo Fabulous Trobadors a connu un succès fulgurant, avec pour seuls instruments un tambourin et la voix. Le beatboxing était le fait d’Ange B., le tambourin, c’était Claude Sicre. Plus que la musique, ce qui faisait rêver le jeune Claude lorsqu’il était enfant, c’était le cinéma, les romans policiers et les États-Unis .
En 1955, à l’âge de 8 ans, il est en vacances dans l’Ariège avec ses parents, qui n’ont pas emporté ses livres. Sur place, il découvre et dévore les romans policiers de la Série noire des éditions Gallimard. Une révélation. Adolescent, il rêve d’écrire des scénarios de films. Un rêve qui aurait pu devenir réalité lorsqu’il traverse en 1972 les États-Unis en auto-stop : un automobiliste lui fait rencontrer des producteurs à Hollywood.
Avec le même aplomb, il écrira à Marcel Duhamel, le créateur de la Série noire, pour y travailler. Il sera lecteur stagiaire durant trois mois chez le grand éditeur parisien, au contact d’écrivains, scénaristes ou réalisateurs. Entre-temps, il a découvert d’autres auteurs, comme Jack Kerouac, Jorge Amado ou John Steinbeck. Il écrit son premier polar, qui restera au fond d’un tiroir. Des manifestations menées à Carcassonne lui font (re)découvrir l’Occitanie et l’occitan, une autre révélation.
Claude Sicre se souvient : « Je suis rentré à Toulouse et j’ai emprunté tous les livres possibles à la bibliothèque à ce sujet. Je me suis rendu compte que j’étais superficiel, dans l’imitation des romans ou des films américains. J’ai découvert une langue, mais surtout une littérature, ainsi que les troubadours. Un monde savant rejoignait un monde populaire, celui de mes grands-parents, qui parlaient l’occitan. »
Côté études, un peu bâclées, il mène une thèse d'ethnomusicologie « en autodidacte ». S’il a grandi dans le quartier des Minimes, c’est dans celui d’Arnaud-Bernard qu’il s’installe. Il y organisera ses premiers repas de quartier. « Un jour, tous les quartiers du Monde mangeront tous ensemble dans la rue et c'en sera fini de tous les intermédiaires qui gênent la marche de la démocratie » , écrivait-il déjà en 1988 dans son roman Chronique del happy jours in Tolosa, Francia.
Claude Sicre s’était mis à la guitare et il crée le groupe Riga Raga en 1978, inspiré de la force brute du patrimoine occitan, une sorte de « free trad » , comme il le définit aujourd’hui. Le musicien s’était passionné pour les États-Unis, le blues surtout. Mais aussi pour les musiques brésiliennes.
Un voyage au Brésil en 1984 lui fait découvrir le forró et les emboladores , ces improvisateurs de rue qui se lancent dans des joutes poétiques et s'accompagnent d’un tambourin. Immédiatement, il établit un lien avec les troubadours occitans du Moyen Âge. Pour lui, les deux mondes dialoguent à travers les siècles.
Chansons de circonstances
« J’aurais voulu être un musicien du samedi, comme mes voisins espagnols, qui chantaient et jouaient pour leurs proches. De la musique de rue, comme il en existait au Maroc, au Portugal ou aux États-Unis, mais pas en France. Je voulais chanter des chansons de circonstances pour tous les événements de la vie. » Ces chansons, il en a écrit, comme « Bon Appétit », « Joyeux Anniversaire » ou « Bonne Nuit », cette dernière est même régulièrement diffusée en discothèque à l’heure de la fermeture.
Au début des années 1980, Daniel Sicre accompagne un conteur avec de drôles d’instruments de musique bricolés à base de scie, de fourche… ou de billet de 500 francs. En 1986, il rencontre Jean-Marc Enjalbert, dit Ange B, le frère d’une amie qui pratique le beatboxing .
« Avec sa voix, il me donnait une certaine modernité. Mais entre nos looks et mon tambourin, on nous a souvent pris pour des hippies, des membres de l’Armée du Salut ou d’Are Krishna. La rencontre avec Massilia Sound System , fin 1987, a été importante : elle nous a fit rencontrer le rap et le raggamuffin. » Ils publieront leur musique sur le label du groupe marseillais. Le premier album, Era pas de faire , est un succès inattendu.
Retour au village
Dans la ville Rose, on savait où trouver celui qui se proclame « ingénieur en folklore » ou que l’on surnomme « Dr Cachou ». En plus de 30 ans de présence à Arnaud-Bernard, il y a cofondé le comité de quartier, monté l’association Escambiar, créé le Forom des Langues et le Festival Peuples et Musiques du Monde, présidé le Carnaval de Toulouse… Mais depuis 2010, il s’est retiré à Saint-Antonin-Noble-Val, un village de 1900 âmes du Tarn-et-Garonne, au nord de Toulouse.
En 2005, Claude Sicre avait arrêté l’aventure des Fabulous Trobadors pour se consacrer à ses parents malades, qui décèdent peu après. C’est dans leur maison qu’il habite désormais. « Je n’étais pas mal à Arnaud-Bernard. Je suis un enfant des faubourgs, mais je rêvais d’aller à la campagne depuis longtemps. Cela me plaisait d’habiter cette maison pleine de souvenirs, dans un village où l’on parle occitan. À Toulouse, seuls les militants le parlent, et j’étais très souvent sollicité par des connaissances, entre les restaurants et les cafés. »
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Au début des années 2000, il écrit et compose pour le groupe Bombes 2 Bal , qui mêle musiques du Nordeste du Brésil et sons traditionnels d'Occitanie pour faire danser dans les bals, comme son nom l’indique. Sa fille, Flore, fait toujours partie de l’aventure, le groupe doit enregistrer à l’automne 2026 un nouvel album, produit par Francis Cabrel. Les deux poètes occitans s’étaient rencontrés pour la première fois en 1978 dans de drôles de circonstances. Francis Cabrel devait participer à une émission de télévision que Claude Sicre jugeait très condescendante. Avec des amis, ils l’ont interrompue avec force cris et tintamarre. Et de s’expliquer avec Cabrel, qui a bien compris leur action. Des années plus tard, le chanteur d’Astaffort lui dédie une chanson, « Un morceau de Sicre » (« Il a la tchatche tout court/ C'est une urbaine musique/ Qui vient du fond de l'histoire/ Tu mets un morceau de Sicre dans ton café noir. »)
Vingt-trois ans après le dernier album des Fabulous Trobadors ( Duels de tchatche et autres trucs du folklore toulousain ), Claude Sicre revient avec un nouvel album pour partie enregistré avec les musiciens de Francis Cabrel, avec lequel ils chantent aussi en duo. En réalité un triple album, avec de la musique, mais pas seulement (quelques discours et récits).
Le musicien rêve encore de cinéma, il termine d’écrire un scénario, un western occitan avec de vrais Indiens, inspiré du passage de trois Osages qui trouvèrent refuge à Montauban en 1829 après deux années d'errance en Europe avant de pouvoir rentrer dans leur pays grâce à la solidarité des habitants. Qu’il s’agisse de littérature, de cinéma ou de musique, Claude Sicre mène une même quête, celle d’une culture populaire vivante.
Claude Sicre Ingénieur en folklore depuis 1978 ( Bleu Citron /Chandelle productions) 2026
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