Syrie: un mouvement de contestation pousse pour une accélération de la justice transitionnelle

Syrie: un mouvement de contestation pousse pour une accélération de la justice transitionnelle

Un an et demi après la chute du régime Assad, le 8 décembre 2024, la Syrie est traversée par un mouvement de contestation sociale inédit. Ces dernières semaines, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs grandes villes pour réclamer une accélération du processus de justice transitionnelle. Les procès de plusieurs anciens hauts dignitaires de la dictature se poursuivent, mais les contestataires restent déterminés.

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Avec notre correspondante à Deir Ez-Zor , Manon Chapelain

Les autorités en Syrie ont appelé, la semaine dernière, à contenir les tensions contestataires, craignant qu'elles ne débouchent sur des règlements de comptes. Deux nouvelles audiences judiciaires d'anciens dignitaires doivent se tenir à compter du mercredi 24 et du jeudi 25 juin. Quelque 6 000 cadres militaires de l'ancien régime auraient déjà été arrêtés, selon les autorités. Une réponse qui ne suffit néanmoins pas à calmer les revendications populaires.

C'est à Deir Ez-Zor, dans l'est du pays , qu'a débuté, le 10 juin, le mouvement du « Sit-in pour la dignité ». Ahmad a participé à cette mobilisation destinée à faire pression sur le gouvernement de transition. « Aujourd'hui, on voit encore des criminels se balader parmi nous, comme si de rien n'était », déplore-t-il.

À Alep, Idleb, Lattaquié ou encore Damas, le mouvement a rapidement pris de l'ampleur. Des milliers d'habitants sont descendus dans la rue pour réclamer une accélération des poursuites contre les responsables des crimes de l'ancien régime, mais aussi une amélioration des conditions de vie, toujours difficiles. « Un an et demi après la révolution, nous n'avons encore rien vu de ses bénéfices. À commencer par une vie digne pour les citoyens », affirme Abdelhamid Al-Khaldi.

« Justice sélective »

La contestation se déroule en parallèle du procès de plusieurs grandes figures du clan Assad . Pour Halil Ali, révolutionnaire de la ville, les procédures engagées restent insuffisantes. « Ce n'est pas une justice transitionnelle, mais une justice sélective. Nous réclamons le jugement de l'ensemble des responsables et une réparation des préjudices subis par les victimes », soutient-il.

Autre revendication portée par les manifestants : une meilleure représentation des mouvements révolutionnaires dans les institutions de l'État. Plusieurs militants s'inquiètent d'une concentration du pouvoir autour du cercle du président Ahmed Al-Charaa . « Il n'est pas acceptable que nous ne puissions pas participer à la vie politique, ni même encore créer de partis », estime Halil Ali.

Sans justice , prévient-il, la colère pourrait virer à la vengeance. Avant d'ajouter que l'existence même d'une contestation constitue, selon lui, la preuve d'une victoire de la révolution.

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