
Pour le coup d'envoi de sa 50e édition, dimanche 21 juin, le Festival international du film d’animation d'Annecy a réuni un plateau de tonnerre. Pierre Coffin a présenté en avant-première mondiale « Des Minions et des monstres ». Son producteur américain mythique, Chris Meledandri, a déclaré la guerre à l’intelligence artificielle. Les frères Quay ont lancé une rétrospective de leur œuvre avant de recevoir un Cristal d’honneur. Et l’ouverture de la section Contrechamp a montré que, les sept jours à venir, il y aura plein de nouveaux talents à découvrir au plus grand festival mondial du cinéma d’animation.
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De notre envoyé spécial à Annecy,
À Annecy, le tourbillon du cinéma d’animation a commencé, sous un dimanche ensoleillé, près du fameux lac. Entre canicule et Fête de la musique, le Festival international du film d’animation a lancé son édition 2026 : avec de longues queues devant les portes d’entrée, une ambiance bon enfant dans les salles et des bandanas et cheveux colorés supplantant les cheveux gris. Ici, les générations Y et Z semblent écrire, écouter, regarder et mettre en scène en images animées l’imaginaire de leur avenir.
« Des Minions et des monstres » et « Des sommeils interrompus »
L’événement très attendu était l’avant-première mondiale du film Des Minions et des monstres de Pierre Coffin. Mais avant même la grande cérémonie d’ouverture du soir, la grande rétrospective des frères américains Quay avait déjà commencé.
Des sommeils interrompus est un programme exigeant à l’extrême, rythmé par la folie créatrice des réalisateurs célèbres. La première partie composée à leur honneur rassemblait des courts métrages de tous bords, en animation d’objets, marionnettes, pixilation, vues réelles… des publicités déchaînées pour des chips ou des boissons ; des identités visuelles pour des festivals, ancrées dans des mondes étranges et inoubliables, peuplés de créatures hors du temps. Ou ils transforment de petits morceaux de laine d'acier en un paysage hivernal parsemé de maisons enneigées.
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Leur grammaire visuelle s’inscrit ouvertement dans la tradition du peintre Arcimboldo, célèbre pour ses portraits fantasques, composés de fruits, de légumes et de fleurs. Chez les frères Quay aussi, tout est allégorie. Les titres ne révèlent rien, mais ouvrent des univers de l’inconnu : Pursuit of the object , The Wunderkammer , The Migration of Forms , A Tactile Experiment … Sinon, les frères s’affranchissent des sous-titres, chez eux, tout repose sur les images, les rythmes et la musique, très souvent classique, où ils font vibrer les instruments à cordes.
La plus bouleversante de leurs œuvres était certainement In Absentia . Cette création en noir et blanc commence dans un paysage désertique. À l'horizon, nous croyons distinguer ce qui ressemble à un essai nucléaire. Le grand écran est dominé par une lumière éblouissante, aussi perçante que la musique de Stockhausen est mordante et stridente, telle une scie. Nous voyons des ongles sales et des mines de crayon cassées. Ce véritable déferlement d'images, qui met nos limites à rude épreuve, ne s'apaise qu'au générique de fin. Les frères jumeaux ont dédié le film à « E. », à ses écrits rédigés depuis l'asile.
Quand les rites du festival accueillent « Bienvenue chez Dolly »
Dans l’après-midi, l’ouverture de la compétition de la section Contrechamp a été l’occasion de découvrir certains rites informels du Festival du film d’animation d’Annecy. Par exemple, juste avant la projection de Bienvenue chez Dolly , le public lance des avions en papier dans la salle, s’amuse à claquer la langue comme des bruits de poissons, et chaque apparition d’un lapin suscite l’enthousiasme de ces amoureux invétérés du cinéma d’animation…
Portés par cette ambiance, les réalisateurs taïwanais Tree Muta et Rady Fu déployaient au Contrechamp leurs imaginaires, nourris par une légende millénaire de leur pays. Dans Bienvenue chez Dolly , ils ont transformé ce conte ancien en une rencontre incongrue entre la « princesse Maria » prête à tout pour gagner des followers, et une sorcière aussi soignée que particulière, Dolly, capable de lire dans les pensées de poupées. Quand la youtubeuse tombe en disgrâce auprès de ses fans depuis que la police l'a arrêtée pour avoir demandé son petit ami en mariage dans une catacombe, Maria est obligée de changer… De plus en plus, elle quitte l’esprit de l’univers numérique, s’éloigne de son ami, artiste-fleuriste, pour s’approcher de la sorcière…
Pour rapprocher le monde féerique, parfois cauchemardesque, du monde réel, Tree Muta et Rady Fu ont recours à l’animation 2D traditionnelle, mais utilisent aussi la rotoscopie en prises de vues réelles. Couplée avec des couleurs et des silhouettes arrondies, cette technique permet de rendre leurs personnages incroyablement réalistes, y compris dans leurs mouvements. Pour les cinéastes, une chose est essentielle : que chacun découvre qui il est vraiment.
La super-production « Des Minions et des monstres »
Trois cents personnes ont travaillé pendant trois ans pour réaliser Des Minions et des monstres . La soirée d’ouverture du festival a commencé sous l’applaudissement du public. Pierre Coffin, le réalisateur français de cette déclaration d’amour au cinéma, et Chris Meledandri, producteur américain mythique, ont dévoilé leurs plaques destinées au Mur d’honneur de la toute nouvelle Cité du film d’animation d’Annecy .
Des Minions et des monstres est le septième long métrage de la franchise Moi, moche et méchant et le troisième consacré à ces petites créatures en jaune d’œuf qui n’ont qu’une seule chose en tête : servir les méchants les plus ambitieux de l’histoire… Souvent dotés d’un seul œil, à l’image d’un cyclope, habillés de salopettes en jean, les Minions regardent avec curiosité, audace et innocence le monde. Mais que faire quand même les plus grands monstres, les créatures les plus maléfiques et les êtres les plus terrifiants décèdent, souvent suite à des accidents malheureux, provoqués, malgré eux, par les Minions ? Eh bien, un jour, James, accompagné par son meilleur ami, Henry, tous les deux connus pour être toujours différents des autres Minions, décide de faire un film de monstres à Hollywood. Et c’est parti pour une heure et demie d’actions, de rires et de montagnes russes émotionnelles.
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Sous les couleurs des Minions défilent alors d’innombrables scènes et stars mythiques de l’âge d’or d’Hollywood : Charlie Chaplin, Harold Lloyd, Buster Keaton… jusqu’à Citizen Kane ou Frank Sinatra, jusqu’à La Guerre des Etoiles . En ce qui concerne le casting, les réalisateurs n'ont pas lésiné sur les moyens. George Lucas se retrouve exhibé dans une cage en verre dans un musée hollywoodien, des superstars comme Christoph Waltz, Jeff Bridges, George Lucas ou Jesse Eisenberg ont prêté leur voix aux personnages attachants, véritablement animés par le cinéma.
Une chose est sûre, les créateurs ont laissé libre cours à leur passion et leur ingéniosité de façon si intense que, en tant que spectateur, on en a le souffle coupé du début jusqu’à la fin. Une scène chasse l’autre, et le niveau d'émotion, toujours à son comble, risque de saturer plus d’un avec ce rythme effréné. Une pause, de temps à autre, que ce soit sur le plan visuel, émotionnel ou dans les joutes verbales, n'aurait peut-être pas été une si mauvaise idée. Mais comme toujours dans le cinéma d'animation, tout est une question d'instant. Et à Annecy, Pierre Coffin a réussi à faire rire la salle. Les sept jours du festival s'annoncent passionnants.
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