
La mission d'inspection sur l'affaire de la jeune Lyhanna « établit une vérité d'une extrême gravité », à savoir que « la chaîne de protection a failli », en raison d'une « succession d'erreurs, de négligences, d'inaction et de mauvaises décisions », a déclaré lundi 22 juin Sébastien Lecornu. Le Premier ministre s'est vu remettre le rapport rédigé autour de la mort de cette collégienne, dont le corps a été retrouvé début juin.
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Les trois ministres sont arrivés dans la matinée à Matignon pour lire ce rapport : le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, et le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin. Un rapport très attendu et qui doit être publié dans son intégralité ce 22 juin dans l'après-midi.
En attendant, les rapporteurs ont dévoilé les grandes lignes de cette mission expresse, comme le rappelle le chef de l'Inspection générale de la Justice. « Il ne s'agit pas de stigmatiser, annonce d'emblée Stéphane Noël, mais de donner à comprendre. »
La mort de Lyhanna, 11 ans, dont le corps a été retrouvé le 4 juin à Puycasquier, une petite commune du département du Gers (sud-ouest de la France), a suscité un émoi national , d'autant que son meurtrier présumé, Jérôme Barella, faisait déjà l'objet de plusieurs plaintes pour agressions sexuelles et viols sur des enfants.
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« Un cumul de pertes de temps »
Comment a-t-on pu en arriver là ? La plainte pour viol déposée en août 2025 contre Jérôme Barella par la mère d'une précédente victime, la petite Rosa, 10 ans, est arrivée au parquet d'Auch (Gers) en version papier, sans mentionner ni ses antécédents criminels, ni l'urgence de la procédure.
Selon le rapport, le magistrat qui a reçu la procédure au parquet d'Auch a mal évalué la sensibilité du dossier et le risque que représentait Jérôme Barella. L'enfant y déclarait pourtant avoir subi « une cinquantaine de viols » de la part de ce dernier. Or, il n'a jamais été entendu par les enquêteurs avant le meurtre de Lyhanna. « La procédure criminelle a été traitée comme une procédure ordinaire, dit encore Stéphane Noël, ou n'a pas été traitée comme une procédure prioritaire. » Malgré son « caractère sensible », la plainte n'a par ailleurs « pas été orientée vers le bon service de gendarmerie », a détaillé Stéphane Noël.
Du temps perdu, tant de la part du parquet que de la gendarmerie. Gérald Darmanin a estimé que les « défaillances très importantes » constatées dans ce dossier n'étaient pas dues, dans ce cas précis, à un manque de moyens mais à des « fautes professionnelles ». C'est aussi ça que ce document met en lumière, comme le précise le chef de l'Inspection générale de la Justice : « Le rapport objective un cumul de pertes de temps et une absence de suivi de procédure. » Les rapporteurs soulèvent plusieurs pistes d'amélioration pour l'avenir. Un meilleur suivi de la procédure entre les magistrats et les enquêteurs par exemple, mais aussi une dématérialisation des plaintes.
Le rapport met également en évidence des difficultés plus structurelles, notamment les délais de transmission entre parquet et gendarmerie, des logiciels jugés obsolètes et une surcharge des dossiers. Il relève également que les effectifs du parquet d'Auch sont parfois réduits à deux magistrats seulement. Le travail se poursuit, puisque la mission rendra un second rapport le 10 juillet, avec une version définitive attendue le 5 septembre.
134 personnes en détention provisoire pour violences sexuelles sur mineurs
Quelque 134 personnes ont été mises en détention provisoire pour violences sexuelles sur des mineurs à ce jour, depuis le réexamen de 70 000 plaintes demandé par le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, à la suite de l'affaire Lyhanna, selon une source gouvernementale. Après ce drame, le ministre de la Justice avait demandé aux magistrats de reprendre 70 000 dossiers de plaintes touchant à des mineurs d'ici au 14 juillet.
Le réexamen de ces plaintes vise à « voir s'il n'y a pas d'autres problèmes comme dans l'affaire Lyhanna, c'est-à-dire pas d'acte d'enquête ou pas de garde à vue », a précisé cette source. Gérald Darmanin a également indiqué sur TF1 que « 1 243 gardes à vue depuis une semaine » concernaient directement des atteintes sur des mineurs. « Il y a un avant et un après Lyhanna », a-t-il assuré.
Dans la foulée de la remise du rapport, Laurent Nuñez a annoncé avoir demandé « la mutation d'office » du directeur d'enquête et du commandant de compagnie de Condom, ainsi que leur placement « dans des emplois hors exercice de la police judiciaire ». Le ministre de l'Intérieur a également demandé l'ouverture d'une « enquête de commandement ». Gérald Darmanin a, de son côté, indiqué vouloir engager des sanctions « à la hauteur des défaillances graves constatées » contre la substitut du parquet d'Auch. Dans l'attente des conclusions de l'enquête administrative, il lui a retiré son habilitation à mener des enquêtes et à traiter des dossiers concernant des mineurs. Le ministre de la Justice a également indiqué qu'il saisirait ensuite le Conseil supérieur de la magistrature, qui rendra un avis sur la sanction proposée.
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