Coupe du monde 2026: paris sportifs en folie, prévention sur le banc de touche

Coupe du monde 2026: paris sportifs en folie, prévention sur le banc de touche

Un superlatif de plus à ajouter à cette Coupe du monde 2026. 104 matchs programmés sur un peu plus d’un mois, contre 64 d’ordinaire. C’est donc 104 occasions supplémentaires pour tester ses compétences en pronostics. Et les opérateurs de paris l’ont bien compris. En France, 40 % des téléspectateurs ont prévu de parier sur les résultats des rencontres, d’après une étude commandée par l’Autorité nationale des jeux. Les mises devraient atteindre un niveau historique : 1,2 milliard d’euros mis sur la table rien que dans l’Hexagone.

Publié le :

1,2 milliard de mises attendues en France

Du jamais vu, mais pas une surprise. Chaque année depuis 2019, la part du gâteau des opérateurs de paris grossit de 12 % , avec un point culminant : les coupes du monde de football, d’après une étude commandée par l’Autorité nationale des jeux . « C’est une période festive, il y a une vraie émulation populaire” résume Georges Marthinho, directeur du dispositif SOS Joueurs . Mais c’est aussi une période délicate pour les joueurs les plus vulnérables. “ Les sollicitations marketing sont plus nombreuses, les occasions de parier sont plus fréquentes, et l’émulation collective autour du pari est particulièrement intense à vivre”, prévient-il . Celle de 2022 avait atteint, en France, 900 millions d’euros de mises, avec un peu moins de 200 000 nouveaux comptes, ouverts pour l’occasion. L’édition américaine, plus longue et avec plus d’équipes, ne fera pas exception.

Pauses fraîcheur

Celles et ceux qui ont regardé les premiers matchs s’en sont vite rendu compte. Sur la chaîne télévisée M6, qui a obtenu l’essentiel des droits de diffusion en France, impossible d’échapper aux gros poissons du pari sportif. Betclic, Winamax, Unibet… les spots publicitaires s’enchaînent et se multiplient avant, pendant et après la rencontre, tirant parti de l’ augmentation des pauses publicitaires propre à cette édition 2026. Lors du Mondial 2022, cinq écrans publicitaires (cinq suites de spots publicitaires, encadrés par un jingle de début et de fin) étaient imposés aux téléspectateurs. Cette année, il y en a 8 : un écran avant le match, un après les hymnes nationaux, trois écrans à la mi-temps, et un après le coup de sifflet final. À cela s’ajoutent les deux « pauses fraîcheur » d’une minute qui ouvrent un espace supplémentaire pour les annonceurs.

Une saturation de l’espace publicitaire

Mais l’Arcom, gendarme français de l’audiovisuel, veille au grain. S’il y a effectivement plus de pauses publicitaires que lors des précédentes compétitions, le volume total de publicité autorisé n’augmente pas, et les spots pour les jeux d’argent et de hasard sont encadrés. M6 s’est engagé à ne pas diffuser de publicités pour les jeux d’argent pendant les pauses hydratation, mais les rappels de parrainage (entre la chaîne et un opérateur de paris) peuvent eux être diffusés. Dans les faits, d’après un décompte de l’Arcom, les téléspectateurs peuvent donc être exposés à 18 publicités pour des jeux d’argent et de hasard, et jusqu’à 14 séquences de parrainage par un opérateur de paris, au cours d’un match.

La prévention sur le banc de touche

Les diffuseurs ont également signé une charte qui les engage à diffuser des messages de prévention pour sensibiliser aux risques du jeu . L’ association Addictions France saute sur l’occasion : elle réalise un clip de prévention qui met en garde les joueurs. Un jeune homme devant son écran d’ordinateur scrute graphiques et statistiques tel un analyste financier, pour trouver le meilleur pronostic. Il est assailli de notifications, de propositions de « free bet » (paris gratuits) et diverses incitations à parier toujours plus. Mais à la fin, il n’en sort pas gagnant. Le clip se termine sur ce slogan : « Tu joues, tu perds, ils encaissent. » L’objectif d’Addictions France : montrer que les chances de gagner sont structurellement limitées pour les joueurs.

Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Mais pour le moment, le spot fait chou blanc. « Nous l’avons proposé aux antennes et nous demandions une diffusion à titre gracieux, car nous n’avons pas les mêmes moyens que les grosses entreprises du secteur pour acheter de l’espace publicitaire », explique Myriam Savy, directrice du plaidoyer de l’association. À l’exception de la chaîne musicale Trace TV, aucune antenne n’a accepté, pour l’heure, de le diffuser.

600 000 joueurs « excessifs » en France

Le risque d’addiction pour les parieurs, et surtout pour les plus jeunes, n’est pourtant pas à négliger. D’autant plus qu’elle est difficilement détectable, car associée à un fort sentiment de déni. Le taux de recours au soin est inférieur à 2 %, bien loin des appels à l’aide liés à l’addiction à l’alcool ou au tabac, par exemple.

600 000 personnes en France sont considérées comme ayant une pratique excessive des jeux d’argent et de hasard. 1 million de joueurs, eux, sont considérés comme « à risque », susceptibles de tomber dans la dépendance clinique.

Des dispositifs adaptés à la Coupe du monde 2026

Pour leur venir en aide lors de cet événement si particulier, l'Association de recherche et de prévention des excès de jeu ( Arpej ) a adapté son dispositif SOS joueurs : un tchat en ligne qui permet de discuter avec des professionnels lorsqu’on pense avoir un problème avec le jeu. « Vu les horaires des matchs de cette Coupe du monde, il peut être compliqué pour les joueurs de contacter des personnes qui peuvent les écouter. Nous avons donc décidé d’élargir les horaires de notre tchat, accessible jusqu’à minuit pendant tous les matchs de l’équipe de France et tous les matchs de la compétition à partir des huitièmes de finale » , explique Georges Martinho. L’idée est notamment d’intervenir au moment des crises, lorsqu’un joueur a perdu une grosse somme d’argent, ou lors des cravings , lorsqu’il ressent une envie irrépressible de parier. Le tchat est accessible partout dans le monde, gratuitement, aux locuteurs français. Il s’adresse non seulement au parieur, mais aussi à son entourage. “ Un tiers des personnes qui nous appellent sont des proches qui s’inquiètent ou demandent des conseils pour un tiers qui a un problème avec le jeu ”, rappelle-t-il.

Les signes qui doivent alerter

Premier signe qui peut mettre la puce à l’oreille : lorsqu’on commence à parier pour se refaire. La personne joue pour récupérer une somme perdue. Autre symptôme d’un comportement à risque : lorsque le pari prend une place démesurée dans le quotidien d’un joueur, « quelqu’un qui ne parle quasiment plus que de ça, qui commence à refuser des sorties pour s’adonner aux paris sportifs » , détaille Georges Martinho. Le volume des paris peut aussi être un bon indicateur.

En cas de doute, il peut être utile de se tester. Des outils d’autoévaluation existent en libre accès sur internet : sur le site de Joueurs info services (ou au 09 74 75 13 13) sur le site du dispositif SOS joueurs (et au 09 69 39 55 12) ou sur le site de l’Autorité nationale des jeux (ANJ)

Chaque opérateur de paris dispose également d’une page pour « jouer responsable » , qui propose notamment de s’autoexclure des plateformes.

Newsletter Recevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Suivez toute l'actualité internationale en téléchargeant l'application RFI

← World News