RDC: un mois après le début de l'épidémie d'Ebola, à Bunia les décès s'enchaînent

RDC: un mois après le début de l'épidémie d'Ebola, à Bunia les décès s'enchaînent — World News | Versia.media

Il y a exactement un mois, le 15 mai, la République démocratique du Congo (RDC) annonçait la dix-septième épidémie d’Ebola de son histoire. Depuis lors, le virus se propage à un rythme accéléré, et c’est dans l’Ituri que l’enjeu est crucial : cette province concentre à elle seule 95 % des cas recensés, d’après Médecins sans frontières (MSF). À Bunia, la capitale régionale, il est impossible d’obtenir un décompte précis du nombre de cas suspects ou infectés, mais les décès se multiplient.

Publié le : 15/06/2026 - 07:28

Avec notre envoyée spéciale à Bunia, Coralie Pierret

Au cimetière de Nyamurongo, l’activité est incessante. Un corbillard arrive tandis qu’une ambulance repart. Elle vient de déposer le cercueil d’un chercheur d’or, un homme âgé de 50 ans.

Ses proches viennent de l’inhumer. Son frère raconte que tout s’est déroulé très rapidement. L’orpailleur a été admis au Centre de traitement Ebola (CTE) et est décédé le jour suivant. « Nous l’avons conduit le jeudi au CTE, parce que nous avions remarqué qu’il présentait certains symptômes. Et le vendredi vers 16 heures, il avait rendu l’âme. »

À l’hôpital, personne n’a pu établir un diagnostic définitif, car les résultats des tests ne sont pas parvenus. Mais ce n’est pas le premier membre de la famille à mourir de cette manière, en l’espace de quelques jours. « Nous avons enterré notre beau-fils il y a une semaine, alors peut-être que c’est ainsi qu’il a été contaminé, on ne sait pas. »

Un peu plus bas, de jeunes hommes creusent encore de nouvelles tombes. Autour d’eux, la terre est partout retournée, fraîchement recouverte. Janvier Sambabocu, le représentant adjoint de ce cimetière, le plus vaste de Bunia, semble dépassé, tant les inhumations s’enchaînent. « Par jour, ce sont six, sept… presque dix corps qui arrivent. Avant, c’était trois, quatre », témoigne-t-il.

Les autorités annoncent le chiffre de 782 cas confirmés d’Ebola. Selon MSF dans un communiqué, « personne ne connaît l’ampleur de l’épidémie en RDC, ni quelles sont exactement les zones où le virus circule. »

Alors que vingt-neuf zones de santé sont touchées dans trois provinces de la RDC, le virus progresse le long des frontières et des axes de déplacement. L’Ouganda a fermé ses postes frontières officiels avec la RDC. Mais selon l’Organisation internationale pour les migrations, cette fermeture a déplacé les mouvements vers des voies non contrôlées. Le lac Albert en est un exemple.

Dès le 20 mai, une note d’alerte est émise depuis le point d’entrée ougandais de Ntoronko. Des Congolais vivant en Ouganda reviennent assister à des deuils en RDC, au bord du lac Albert. Les deuils constituent l’un des principaux vecteurs de transmission de cette épidémie.

Le 6 juin, le point d’entrée lacustre de Mahagi-Port, côté congolais sur ce même lac, est fermé par les équipes de riposte. Trois jours plus tard, le 9 juin, Tchomia est touchée. Il s’agit d’une localité riveraine du lac Albert, à soixante kilomètres de Bunia, point de passage pour le commerce et la pêche entre les deux pays.

L’Organisation internationale pour les migrations documente ce que la fermeture des frontières officielles ougandaises provoque : les mouvements ne cessent pas. Ils se dirigent vers des voies irrégulières, non contrôlées. Le lac Albert, axe de commerce et de pêche entre les deux pays, est précisément ce type de voie.

Côté congolais, au 10 juin, 17 points de contrôle sur 35 prévus sont activés, soit moins de la moitié. Les points qui fonctionnent découvrent des corps. Le même jour, deux nouvelles zones sont touchées au Nord-Kivu : Masereka et Vuhovi, dans le territoire de Lubero, au sud de Butembo. Ce sont des zones qui font face au Rwanda et au Burundi, que l’OMS a classées en priorité 1b pour la préparation à l’épidémie.

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