
Une femme enceinte de huit mois qui décède avec son enfant faute de personnel soignant, des interventions chirurgicales sous anesthésie interrompues par des coupures de courant : les récits illustrant l'effondrement du système de santé au Gabon sont pléthoriques. Il y a cette mère de famille qui se bat depuis treize ans contre l'administration et la justice et qui attend de savoir si elle pourra prendre l'avion cette semaine pour Paris : une opération vitale y est planifiée pour son fils, victime en 2013 d'une erreur médicale à Libreville. Une affaire qui est remontée jusqu'aux plus hautes sphères de l'État. Des consignes auraient été émises. Mais à quelques jours de l'intervention, les fonds nécessaires pour l'évacuation sanitaire n'ont toujours pas été débloqués.
Publié le : 15/06/2026 - 11:18
Avec notre envoyé spécial à Libreville, François Mazet
Pour Noah, le cauchemar a débuté par l'ablation injustifiée d'un rein, puis la pose défectueuse d'une sonde alors qu'il n'avait pas encore 2 ans. Treize ans plus tard, en raison des séquelles physiques de ces erreurs, il doit absolument subir une chirurgie cardiaque.
Sa mère, Livia, a mené une bataille devant les tribunaux et les administrations, sans jamais parvenir à obtenir une véritable réparation ou une prise en charge : « Pour moi, je veux que l'État gabonais assume ses responsabilités. Je me bats pour que l'État puisse redonner sa dignité à mon fils, qui vit aujourd'hui avec un seul rein et une sténose de l'urètre [un rétrécissement qui provoque notamment une diminution du jet urinaire et des douleurs, NDLR]. J'ai entrepris des actions pour me faire entendre parce que je suis épuisée. Les ordres ont été donnés par le vice-président du gouvernement pour que mon enfant soit pris en charge. Mais jusqu'à présent, on se heurte à un mur et on me demande de préfinancer. »
« Cela arrive à beaucoup de personnes »
Mandaté par le Réseau de défenseurs des droits humains en Afrique centrale (Reddhac), son avocat, Maître Calvin Kévis Odounga Leyoumangoye, indique avoir de nombreuses procédures en cours pour des erreurs médicales : « Ce qui arrive à Dame Livia, cela arrive à beaucoup de personnes. On parle de sécurité sociale, mais aussi de dysfonctionnements de la justice. Il y a beaucoup d'erreurs commises par les médecins, et une forme d'impunité a été instaurée. »
Cette impunité, selon le Reddhac, s'accompagne souvent de pressions exercées sur les familles pour les dissuader de faire valoir leurs droits.
Contactées par RFI, les autorités gabonaises n'ont pas fourni de précisions sur ce sujet.
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